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Où vont les impatients qui descendent le fleuve
À la nage, à la hâte, dans le vif du courant
Sans se soucier de la barre et de l'ultime épreuve
De l'eau douce battue par le grand océan
Ils n'avaient pas de barque et le vent
Ils n'avaient plus de terre où prendre leurs racines
Dans le vif du soleil leur regard se fixait
Leurs poumons aspiraient à la brise
Ils ont franchi intacts le barrage électrique
Les mains de tant d'amis nouées comme un filet
Leur sourire écartait les conseils pathétiques
De vieux saules pleurant sur leur vie ensablée
Ils se méfiaient du phare et de son œil de verre
Piège pour tant d'oiseaux leurrés par sa clarté
Ils se défiaient d'un code et d'un jeu de lumière
Où trop d'occultation cache la vérité
Ils cherchaient en leur cœur l'explosion de la joie
L'onde répercutée sur les îles inconnues
Et le raz de marée qui balaie et qui noie
Ce goudron vomi des carcasses tordues
Le premier instant des anciennes ruptures
À force de partir, ils étaient arrivés
L'origine de feu de leur propre nature
À force de chercher ils l'avaient retrouvée
Vous brûlez disait-on par deux bouts la chandelle
Mais deux flammes est-ce trop pour ces aventuriers
L'une luit dans le noir et l'autre est l'étincelle
Jaillie d'un feu d'amour qui peut tout incendier
Où vont les impatients qui descendent le fleuve
À la nage, à la hâte, dans le vif du courant
Sans souci de la barre et de l'ultime épreuve
De l'eau douce battue par le grand océan
Les Impatients, chanson de Graeme Allwright
Fuir le monde dans lequel je vis, fuir ces gens qui me cassent les pieds, fuir ces objets qui me tuent à petit feu : cette télévision qui distille des niaiseries, ce téléphone qui me crispe au point qu'il serait dangereux pour Graham Bell de me croiser dans l'au-delà, cette radio qui se complait dans l'annonce de mauvaises nouvelles.
Fuir l'hypocrisie du monde, l'hyposensibilité de mes congénères et l'arrogance des ignorants.
Fuir l'horreur des champs de bataille et des mouroirs. Fuir comme la peste les dictatures intellectuelles, religieuses, culturelles et politiques.
Fuir et espérer.
Espérer découvrir l'innocence originelle, la bonté naturelle des bipèdes humains que les vertes campagnes, les murs du couvent, la forêt tropicale, auraient préservés des misères qui résultent de la sophistication outrancière de la civilisation occidentale.
Espérer rencontrer un monde meilleur, plus simple, comme épuré, qui sentirait la fraîcheur d'un matin de printemps et chanterait un hymne à la fraternité.
Espérer se débarrasser des scories qui se sont accumulées en moi et autour de moi. Prendre des douches de bon sens et des bains de sérénité.
Fuir et espérer. Peut-être même ne rien trouver qui ne soit extraordinaire. Mais acquérir à travers la quête elle-même la certitude que la chose espérée vaut bien davantage que la chose détenue. Un peu comme la lumière de Compostelle à la jonction du feu solaire et de l'océan récompense à peu de frais le pèlerin persévérant.
Me ressourcer, ce n'est pas écarquiller les yeux pour voir mieux. C'est au contraire les fermer légèrement jusqu'à ce que la lumière, flamme de bougie, étoile ou lampadaire, épouse la forme d'une croix.
Le ressourcement, c'est la volonté d'une renaissance à soi-même. La quête d'une parcelle de lumière que l'on peut croire perdue, et qu'on finit par retrouver souvent plus prèès de soi qu'on ne se l'imaginait.
Jacques Herman, le 18 mars 2006
Ils ne sont pas du monde, mais ils sont dans le monde.
Ce n'est pas un jeu de mots. Ils sont dans le monde quotidien dans la vie de tous les jours. Ce ne sont pas des étrangers et pourtant ils sont étranges : "ils ne sont pas du monde".
Ils sont dans le monde, sans y être engloutis, englués, ou noyés justement parce qu'ils ne sont pas du monde.
Ils ne se confondent pas avec le monde.
Ils sont dans le monde mais le monde n'a pas réussi à les récupérer. Ils ne sont pas dans le monde comme des moutons et le monde n'est pas leur prison.
Leurs relations ne sont pas des relations mondaines. Ils ne sont ni des hommes du monde, ni des femmes du monde, ils ne sont pas du beau monde. Ils ne sont pas complices. Ils ne peuvent pas s'accommoder d'un monde qui jette l'homme aux objets.
"De même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde..."
S'ils ont été envoyés, c'est qu'ils viennent d'ailleurs. S'ils viennent d'ailleurs, c'est que cet ailleurs existe. S'il y a un ailleurs, c'est qu'il y a une issue, un passage, un chemin, une chance, une espérance.
Nous ne sommes donc pas condamnés à vivre en circuit fermé et en air confiné.
Si cet ailleurs existe il faut le trouver.
Jean Debruynne,
Ouvrez p. 180
Et c'est la plus terrible absence
Tous ces siècles sanglants sans leur consolateur
Ces siècles de nos cris, de son silence
Ce trou fermé au ciel mais ouvert dans nos cœurs.
Non, plus de compagnon sur le chemin,
Ni la parole en flammes du prophète.
Il nous reste l'humble table et le pain
Et la coupe de douleur et de fête.
Il nous reste les mots de l'évangile
Par toi, Esprit, toujours ressuscités,
Il nous reste aux vases d'argile
Le parfum et l'eau pure à ce livre puisés
Et cette source en nous, ce vent, cette clarté.
Henri Capieu, Ascension, Buchet-Chasnel, 1993, p.111