Si la Réforme s'est caractérisée par son ampleur, elle n'a pas été le seul mouvement de rénovation de l'Église et depuis les origines du christianisme, des hommes ont voulu transformer l'Église de l'intérieur. Mais malgré les secousses engendrées par ces diverses initiatives rien ne changeait vraiment car la structure romaine empêchait toute transformation profonde :
D'autres mouvements précurseurs ont engendré de la dissidence et ont suscité des réponses violentes et meurtrières de la part des autorités ecclésiastiques ou civiles :
Le hussisme, initié par Jan HUS (1369-1415) : Ce doyen de l'université de Prague est brûlé vif pour avoir prononcé des sermons contre ce qu'il appelle les erreurs de l'Église de Rome. À la tête d'un mouvement national de réforme, il critique sévèrement la vente des indulgences et sa prédication évangélique entraîne un mouvement populaire très important.
Le mouvement de la Réforme s'enracine donc dans une quantité de courants et de filons qui courent au cœur de l'histoire. Il trouve à se réaliser dans le temps si particulier de la Renaissance :
Durant les quatre siècles qui précèdent la Réforme, on ne pouvait être chrétien qu'en se soumettant fidèlement à l'Église qui ne tolérait aucune pensée personnelle ni surtout aucune déviance. Bien plus, tout est greffé sur l'Église, politiquement, socialement et culturellement. Gilles Castelnau montre bien comment l'art sans fantaisie de cette époque reflète cet état d'esprit, ne représentant que des attitudes convenues et respectueusement obéissantes.
À la Renaissance, période d'une intense curiosité intellectuelle associée à un formidable essor des sciences dans toute l'Europe, on a désormais le sentiment de vivre une époque nouvelle. On s'émancipe de la pensée officielle, on redécouvre l'Antiquité, on s'imprègne des idées humanistes qui placent avec confiance l'homme au centre de l'univers et qui visent à lutter contre l'ignorance ; l'art trouve une nouvelle inspiration et de nombreuses universités célèbres se créent. La circulation des professeurs et des étudiants d'université permettra d'ailleurs que se répandent les idées nouvelles et parfois hostiles à l'institution ecclésiastique.
En 1434 la découverte de l'imprimerie et l'utilisation du papier pour la réalisation des livres facilitent une plus large diffusion des idées et l'accès à la connaissance. Le retour aux textes originaux des Écritures prôné par les grands humanistes tels que Erasme (1469-1536) et Jacques Lefèvre d'Etaples (1460-1536) s'en trouve lui aussi favorisé, il débouche parfois sur la mise en question de dogmes et de lois de l'Église.
Mais dans ce paysage européen de l'époque, toutes ces grandes espérances s'associent à des réalités beaucoup plus sombres. Il règne une grande misère dans les couches sociales défavorisées, la mortalité infantile est omniprésente et le souvenir récent des pestes noires et des grandes épidémies est très prégnant. À cette époque où la vie est si fragile et si précaire, la peur de la mort est puissante et la seule préoccupation spirituelle des Européens est de savoir comment êre sauvé, comment échapper aux peines éternelles.
La riche et intrigante Église d'Occident n'apporte à ces questions que des réponses insuffisantes qui ne calment pas les angoisses des gens : il faut obéir à l'Église, lui faire confiance, se confesser ; elle développe la doctrine du Purgatoire et renforce de façon abusive l'ancienne pratique des indulgences qui véhicule l'idée que l'homme doit acheter son propre salut (ou celui de ses défunts) en réalisant des gestes méritants (aumônes, pélerinages, dévotions...).
C'est donc dans cette époque si troublée par des incertitudes inquiètes que va se dresser en Allemagne un témoin : Martin Luther
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