Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Corinne Vonaesch : les pèlerins dEmmaüs

Prédications








Entre idéal et pratique   Actes 2/42-47

Chers amis
Nos hommes politiques, par intérêt, nécessité, ou pour tout autre raison que chacun pourra imaginer, parlent beaucoup. Souvent c'est pour noyer le poisson ou encore, jeter de la poudre aux yeux. Quelquefois, cela est plutôt du ressort du bêtisier, bien des fois c'est pour cacher ou embellir ce que l'on a l'habitude d'appeler "des affaires" ; mais souvent, avouons-le, ce qu'ils disent est censé et sérieux, du moins paraît l'être.
C'est ainsi qu'un homme politique dont le parti avait essuyé un cuisant échec aux dernières élections a dit dans son petit discours le soir du dépouillement : "ce n'est pas notre idéal qui a été rejeté, c'est notre pratique."

42 Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières.

En lisant ces quelques lignes du livre des Actes et en pensant aux millions de personnes qui aujourd'hui même, en France sont à la recherche d'un trésor spirituel mais qui ne se précipitent pas dans nos églises, on peut se dire : ce n'est sûrement pas notre idéal chrétien qu'ils refusent, c'est notre pratique.
Notre idéal, le voici rappelé en quatre mots par Luc, l'auteur de l'Évangile qui porte son nom et du livre des Actes : quatre mots qui décrivent et résument l'identité des premiers chrétiens, ce à quoi tout le monde les reconnaît : enseignement, communion, fraction du pain, prière personnelle.

En effet les premiers chrétiens, à Jérusalem, vivent en communauté. Ils savent pourquoi, parce que les apôtres, c'est-à-dire les témoins privilégiés de la vie, de la mort, de la résurrection de Jésus de Nazareth leur rappellent qui est cet homme qui les rassemble. Ils partagent leurs biens selon les besoins de chacun : c'est ce qui est appelé la communion fraternelle.
Ils rompent le pain, c'est-à-dire : ils célèbrent le dernier repas de Jésus qui a donné sa vie pour eux et a donné sens à leur vie. Enfin, ils prient, signe d'une relation vivante à un Dieu invisible mais présent dans leur cœur.

Quatre mots, une manière de dire ce qu'est la foi chrétienne : une fidélité à une histoire passée considérée comme déterminante, une fidélité aux prochains, une fidélité à une célébration cultuelle, une fidélité à la prière personnelle.
Quatre mots, quatre fidélités inséparables. Que serait la fidélité à une doctrine sans traduction concrète dans la vie ? Que serait la célébration d'un culte sans vie de prière personnelle ? Et à l'inverse, que serait une prière personnelle qui ne se mêlerait jamais à la prière commune ? Que serait un engagement disons social, sans référence à celui au nom duquel il est pratiqué ? C'est sans doute par difficulté à maintenir ensemble ces quatre fidélités que notre pratique condamne souvent notre idéal et le rend peu ou moins attractif que nous le souhaitons auprès de nos contemporains.
Essayons à présent d'examiner quelques cas de figure précis ou mieux, quelques caricatures.

Tout d'abord, la doctrine. Voyez ce que peut avoir de terrible une doctrine quand elle tourne au système au nom duquel tomberont les têtes. Voyez sa perversion quand elle s'érige en tribunal de la vérité. Voyez comme elle est menacée de caricature par ceux qui n'y adhèrent pas lorsqu'elle oublie sa raison d'être : répondre aux questions qui se posent, expliquer ce que l'on croit, fixer de grands points de repère, baliser une vie. Elle présente alors ce que la religion peut avoir de plus hideux : le fanatisme, cette perversion totale du message que l'un prétend servir. Et ne pensons pas être épargné par cette menace. Il y a du fanatisme en nous, dans nos Églises, chaque fois que l'on oublie que la doctrine est faite pour l'être humain et non l'être humain pour la doctrine.
Être ferme sur la doctrine, c'est souvent être laxiste en matière de relation aux autres. Car il est somme toute à la portée de beaucoup, d'être pointilleux sur un article doctrinal ; combien est plus difficile l'exigence d'amour du prochain.

Mais s'il y a des caricatures de doctrine, il existe aussi des caricatures d'amour. La communion fraternelle est toujours menacée de se limiter aux frontières de sa classe sociale, ou de sa paroisse, ou de sa nation, ou de sa religion.
Jésus le souligne dans l'Évangile : aimer ses amis, cela n'a rien d'extraordinaire. Moi je vous demande d'aimer vos ennemis, dit-il. Et il n'a cessé de rappeler cette pierre de touche de la vérité chrétienne : s'aimer les uns les autres, aimer son prochain comme soi-même. Et prochain ne veut pas dire : chrétien ou protestant. Prochain veut dire : l'être humain le plus proche. Dans la famille, ce sont les enfants et son conjoint. Au travail ce sont les collègues. Dans les couloirs du métro et sur les trottoirs de la ville, ce sont ceux qui tendent la main. En France ce sont ses habitants. Dans le monde, les êtres humains. La chaîne d'amour ne doit pas être interrompue. L'interrompre, c'est se mettre en rupture de fidélité à ses convictions. Que cela semble difficile !

Caricuture de doctrine, caricature d'amour. Mais peut-on aussi parler de caricuture de culte ? Hélas oui ! Vous savez que c'est une critique constante que de reprocher aux chrétiens d'aller au culte ou à la messe tous les dimanches et de se comporter comme des chenapans les autres jours. Hypocrites, dit-on de nous parfois. Hypocrites, celles et ceux qui pratiquent leur religion le dimanche pour être débarassé de ses exigences en semaine. Hypocrites, sommes-nous lorsque nous partageons le pain au culte et oublions aussitôt d'en tirer les conséquences concrètes.
Le partage qui est au cœur des exigences chrétiennes va devenir le maître-mot de nos sociétés modrenes menacées d'implosion sociale. Ne serait-il pas opportun que les chrétiens, que nous, nous montrions l'exemple ? Il existe tant de partages à imaginer, partage de la nourriture, du travail, du logement, du temps, de l'argent, qu'il doit bien être possible à chacun de trouver son lien de fidélité.

Enfin, quatrième caricature, celle de la prière. Cette prière personnelle qui risque de n'être que l'expression d'une auto-suffisance si elle n'est pas nourrie par la prière commune. Prière qui sert souvent d'alibi à l'individualisme : je suis croyant mais je ne pratique pas, dit-on pour justifier son splendide isolement. Prière qui peut tourner à l'auto-contemplation : je prie mon Dieu mais mon Dieu peut n'être que mon petit Dieu personnel s'il n'est pas confronté au Dieu dont la Bible nous rapporte les hauts faits et les signes de sa présence.

Notre idéal est magnifique. Il vaut la peine d'être proclamé et défendu car il invite à l'amour de Dieu, au respect de l'autre, au partage, à l'intelligence de la foi, à un dialogue permanent avec le Dieu de Jésus Christ. Il appelle à des relations humaines qui soient digne de ce nom. Il vise plus de justice, plus d'amour, plus de paix entre tous les habitants de la planète qui pour nous sont tous enfants de Dieu, aimés par lui, et qui tous exigent notre attention.

Mission impossible que d'atteindre cet idéal ? Sans doute. Par nos propres moyens, nous ne ferons qu'un bout de la route. Et le découragement nous guette. Mais abandonnerons-nous aux hommes politiques, après le mot "partage", ceux-ci "il n'y a pas de fatalité" ? N'est-ce pas le cœur du message évangélique que de pouvoir affirmer : aujourd'hui, comme tous les jours, tout peut devenir possible. Car c'est bien la foi qui nous fait prononcer ces mots : "je ne crois pas à la fatalité de la guerre, ni de la haine, ni de la catastrophe, ni de la mort".
Chaque jour est un jour nouveau, le jour où notre pratique peut se rapprocher de notre idéal. Car devant nous se tient celui qui est notre espoir vivant et le secret de notre fidélité, Jésus de Nazarteh, le Christ du Dieu vivant.
Amen!
Rémi Ley, prédicateur laïque Prédications Prédications 2010
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