
Prédications
Appartenir totalement à Jésus Luc 1/25-35
"Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende" et il faudrait peut-être même rajouter "que celui qui a une intelligence pour comprendre, comprenne", tant ce passage que nous avons lu est un passage qui cumule nombre d'images, nombre d'idées.
On peut se demander quels liens rattachent ce texte avec celui que nous avons lu la semaine dernière. Précédemment, Jésus prenait son repas chez un pharisien, et voilà qu'on est soudainement ramené sur la route de Jérusalem. Luc donne l'impression de sauter du coq à l'âne. Les foules étaient-elles dehors à attendre que Jésus ait fini son repas, observant avec curiosité et intérêt ce qui se passe à l'intérieur ? On pourrait alors penser que ces braves gens n'ont pas grand-chose d'autre à faire que d'attendre dehors !
Ce qui est surprenant, c'est la manière dont Jésus les aborde, sans transition : "Si quelqu'un vient à moi, s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple ". On a l'impression, que ces paroles s'adressent aux disciples de Jésus, peut-être aussi aux pharisiens avec qui il a mangé, et non pas à cette foule qui suit sans trop savoir pourquoi.
Haïr, ne veut pas seulement dire "ne pas aimer". Haïr, c'est rejeter. C'est donc un terme très fort. C'est un terme qui affirme la nécessité du choix. Lorsqu'on fait le choix de l'Évangile, il nous faut refuser toute compromission. Être digne de Jésus, c'est lui appartenir et lui appartenir complètement, lui appartenir sans partage, corps et âme, en acceptant d'aller jusqu'au bout des implications de ce choix, en acceptant de porter sa croix, en acceptant la persécution et une fin brutale (= témoignage ultime : témoignage se dit
martyr en grec).
Ainsi, perdre sa vie, c'est non seulement accepter de perdre sa vie physique, c'est aussi accepter de se perdre complètement pour ne plus exister pour soi-même, de ne plus exister que pour Dieu en Jésus Christ.
Ce petit passage fait sans doute le lien entre les discours qui ont été tenus pendant le repas devant les pharisiens, et les paraboles qui suivent. D'une certaine manière, Jésus s'adresse à travers la foule aux interlocuteurs qu'il avait rencontrés pendant le repas, aux scribes et aux pharisiens, mais aussi à ses disciples. En racontant ces deux histoires de la tour en construction et du roi qui part à la guerre, il leur dit : "Vous voulez suivre Dieu, vous voulez suivre sa loi, vous estimez accomplir la loi dans toute sa rigueur, vous respectez le sabbat et vous faites les gros yeux lorsque quelqu'un transgresse ce sabbat ; mais soyez donc réalistes, soyez donc honnêtes avec vous-même ! Entre le respect du sabbat et le sauvetage de votre fils, vous choisissez bien évidemment le sauvetage de votre fils. Entre la victoire et la défaite, vous choisissez bien évidemment toujours d'éviter la défaite, même si cela doit passer par des négociations avec votre ennemi. Entre le risque de la honte et la chance de l'honneur, de l'honneur face au monde, vous choisissez plus facilement la patience et la modestie, si celles-ci sont récompensées par des honneurs : " Monte, monte plus haut à ta place ! "
Ainsi quand il s'agit de construire, de mener une guerre ou de trouver sa place parmi les autres, vous savez bien mettre en œuvre les stratégies adéquates et utiliser les moyens qu'il faut pour mener à bien vos projets! Lorsque votre intérêt est en jeu, vous êtes bien de ceux qui réfléchissent !
Alors pourquoi ne faites-vous pas cela aussi dans votre foi en Dieu ? Pourquoi lorsque vous prétendez vous engager à ma suite, ne faites-vous les mêmes calculs préalables ?
Suivre Dieu, vous le savez déjà, la loi et les prophètes l'ont dit , c'est accepter de se perdre soi-même pour ne vivre que pour lui. Tout le sens de la loi est là !
Et les prophètes vous l'ont dit et l'ont même vécu, pour suivre Dieu, pour accomplir sa volonté, il faut accepter de mourir même sous la main de ceux qui se veulent les garants de la loi."
Ce passage où Jésus semble s'adresser aux grandes foules qui le suivent sur cette route le menant à Jérusalem, est un rappel des réalités. Et sans doute Luc lui-même à travers ce récit veut-il rappeler à ses lecteurs des choses importantes.
Les grandes foules qui accompagnent Jésus avec un sentiment de sympathie sur la route, seront absentes ou accusatrices au moment de la Passion. Lui, sera seul sur la croix. Tous ceux qui ont protesté de leur foi, protesté de leur amitié pour le Maître auront fui à ce moment-là. Et ces paroles prendront alors un poids tout particulier.
Dans ce texte c'est l'Église, la communauté des fidèles, qui est mise en garde. Être disciple de Jésus Christ a des conséquences qui ne sont pas toujours évidentes à assumer. Mais le chrétien ne peut pas biaiser avec sa foi ; il ne peut pas tergiverser dans sa relation avec Jésus Christ ou avec Dieu. Il doit en assumer toutes les conséquences ou alors le quitter, sortir du royaume.
"Il n'est bon ni pour la terre ni pour le fumier ; on le jette dehors. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende!"
Amen !