
Prédications
Le temps est accompli Jon 3,1-10 Ac 2,37-41 Mac 1,14-20
Dans les versets de l'évangile de Marc, que nous avons lus, on nous fait savoir que c'est en Galilée qu'a débuté le ministère public de Jésus, la première prédication de notre Seigneur pouvant être résumée par quatre éléments fondamentaux : le temps est accompli, le Royaume de Dieu s'est approché, repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle.
Le temps est accompli. Nous sommes donc au début d'une nouvelle période, celle du salut, offert inconditionnellement par Dieu par pure grâce, par le moyen de la foi en Jésus. Cette nouvelle période arrive après les cinq autres temps qui l'ont précédée.
Au moment de la création, il y eut le temps de l'innocence. "L'Éternel Dieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et le garder." (Gn 2.15)
Au moment du péché d'Adam, il y eut le temps de la conscience. "Les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures. Alors ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu qui parcourait le jardin vers le soir, et l'homme et sa femme se cachèrent, loin de la face de l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin." (Gn 3,7-8)
Après le déluge, il y eut le temps de l'alliance, établie par Dieu avec Noé et sa descendance pour la bénédiction de la terre et de l'homme. Dieu bénit Noé et ses fils et leur dit : Soyez féconds, multipliez et remplissez la terre (...) Voici, j'établis mon alliance avec vous et avec votre postérité après vous (...) C'est ici le signe de l'alliance que j'établis entre moi et vous, et tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à toujours : j'ai placé mon arc dans la nue et il servira de signe d'alliance entre moi et la terre." (Gn 9,1-9-12-13)
Avec Abraham, qui a obéi à l'appel de Dieu par la foi, il y eut le temps de la promesse. "L'Éternel dit à Abram : Lève les yeux, et, du lieu où tu es, regarde vers le nord et le midi, vers l'orient et l'occident ; car tout le pays que tu vois, je le donnerai à toi et à ta postérité pour toujours. Je rendrai ta postérité comme la poussière de la terre, en sorte que, si quelqu'un peut compter la poussière de la terre, ta postérité aussi sera comptée." (Gn 13.14-16) En fait, toutes les nations de la terre seront bénies en lui.
Enfin, avec Moïse, il y eut le temps de la loi, le temps de la responsabilité de l'homme. "Durant les trois premiers mois suivant la sortie d'Égypte, c'était pourtant toujours en grâce et en bénédictions que l'Éternel avait répondu à son peuple, malgré ses murmures et ses contestations. Vous avez vu ce que j'ai fait à l'Égypte et comment je vous ai portés sur des ailes d'aigle et amenés vers moi. Maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m'appartiendrez entre tous les peuples, car toute la terre est à moi ; vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte." (Ex 19.4-6) Mais au lieu de s'attacher à ce que Dieu était pour lui en grâce, tout le peuple a prétendu être capable d'accomplir tout ce que l'Éternel avait dit. Le peuple tout entier répondit : Nous ferons tout ce que l'Éternel a dit. (Ex 19.8). Malheureusement, on en connaît la suite.
Avec Jésus, ce cinquième temps, celui de la loi, est accompli. En venant manifester sur terre de façon parfaite l'amour inconditionnel de Dieu, Jésus, le Messie, le Serviteur Parfait, l'Homme Parfait, le Fils du Dieu vivant, inaugure donc un nouvel ordre des choses et permet au Royaume de Dieu de s'approcher. "Voici, c'est maintenant le temps agréable ; voici, c'est maintenant le jour du salut" (2 Cor 6,2). "Et aujourd'hui encore, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre cœur." (Ps 95,7-8)
Au contraire, repentez-vous. La troisième injonction du message de Jésus rejoint la prédication de Jean-Baptiste. Le mot repentance signifie : changement de pensée.
La repentance est le jugement que quelqu'un forme sur sa conduite et sur ses sentiments lorsqu'il reçoit le témoignage de Dieu. Il découvre alors son état de péché devant la lumière divine. La foi à la parole de Dieu éclaire la conscience et conduit l'âme à la repentance. Ainsi, nous l'avons également lu aujourd'hui, les hommes de Ninive se sont repentis à la prédication de Jonas. Jean le baptiseur, comme Jésus, ont prêché en disant : Repentez-vous. Dieu est en effet patient envers les hommes, ne voulant pas qu'aucun périsse mais que tous viennent à la repentance (2 Pi,3-9). Et il y aura de la joie au ciel pour un seul pêcheur qui se repent. La repentance a des conséquences visibles dans la conduite. Il y a des œuvres, des fruits qui conviennent à la repentance. Il y a donc bien une manière de voir les choses qui est totalement changée pour celui qui a cru la parole de Dieu. Ce travail effectué par tout croyant le marque pour toute sa vie et s'approfondit dans la marche par la foi.
L'apôtre Paul a insisté sur la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus-Christ (Ac 20,21). Alors croyons à la bonne nouvelle de son Évangile. Et quelle meilleure nouvelle peut-on entendre que celle-ci : Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle (Jn 3,16). Chaque homme est donc invité par l'Évangile à accepter en toute liberté Jésus comme sauveur et à recevoir ainsi la vie éternelle. Un tel message ne pourra être vraiment annoncé qu'après la mort et la résurrection de Christ mais déjà, le salut est apporté par Jésus. Le vieillard Siméon a pu le déclarer en tenant l'enfant Jésus dans ses bras. "Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s'en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, salut que tu as préparé devant tous les peuples, lumière pour éclairer les nations, et gloire d'Israël, ton peuple." (Lc 2,29-32)
Le temps est accompli, le Royaume de Dieu s'est approché, repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle. Telle est la substance fondamentale du tout premier message présenté par le Messie. Et dès le début de son ministère, Jésus s'entoure de témoins qu'il appelle et choisit pour le suivre, afin de les former dans sa proximité. Ces témoins ne seront vraiment rendus aptes au service que plus tard, quand l'Esprit sera répandu sur eux. Alors, ils pourront rendre témoignage à l'excellence du Maître qu'ils auront suivi durant son ministère.
Nous lisons dans l'Évangile de Luc qu'avant de choisir les douze apôtres, Jésus quitte les foules pour être par la prière dans l'intimité avec son Père. Le Seigneur est là encore pour nous un exemple en priant avant un choix décisif. Jésus éprouvait aussi la nécessité d'intercéder pour ces hommes faillibles qu'il allait choisir et charger de si lourdes responsabilités.
Ce moment de prière passé, c'est avec autorité que Jésus agit pour nommer douze apôtres parmi les disciples. L'autorité, certains de nous l'ont lu dans le Renouveau de novembre, contribue, selon son étymologie, à faire grandir, un individu, un groupe, une communauté, par des relations coopératives. L'autorité dont il est ici question est celle du Christ. Sur cette autorité, nul ne peut pouvoir mettre la main. Personne, aucun individu, aucune institution, aucune instance ecclésiale ne peut se prétendre maître de l'autorité du Christ, ni se l'approprier, ni vouloir en disposer. Sinon, l'autorité risquerait de ne devenir qu'un sinistre jeu de pouvoir, pouvoir qui se conquiert, se garde, se défend, par des relations compétitives, dans le cadre d'un rapport de force concurrentiel.
Et, vraisemblablement, Jésus a dû prendre ce risque en compte.
En effet, les apôtres étaient loin d'être tous comme Nathanaël. "Jésus, voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui : Voici vraiment un Israélite dans lequel il n'y a point de fraude. D'où me connais-tu, lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit : Avant que Philippe t'appelât, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu. Nathanaël repartit et lui dit : Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël" (Jn 1,47-49). />
Non, dans l'équipe de Jésus, il devait également y avoir de vrais risques potentiels.
Par exemple, quel pouvait être le relationnel entre Matthieu, le publicain, et Simon, le Zélote, c'est-à-dire entre ces deux extrêmes de la vie sociale et religieuse juive de l'époque. Entre Matthieu, au service des Romains, et Simon, appartenant à un parti extrémiste fanatiquement opposé à Rome. Mais près de Jésus, ces deux hommes ont pu se rencontrer, collaborer en paix et, sans doute, s'aimer fraternellement. Quelle leçon pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, travaillent ensemble au service du Seigneur.
Autre exemple, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, appelés fils du tonnerre en raison de leur caractère très impulsif. Les fils de Zébédée, Jacques et Jean, s'approchèrent de Jésus et lui dirent : Maître, nous voudrions que tu fisses pour nous ce que nous te demanderons. Il leur dit : Que voulez-vous que je fasse pour vous ? Accorde-nous, lui dirent-ils, d'être assis l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, quand tu seras dans ta gloire (...) Les dix, ayant entendu cela, commencèrent à s'indigner contre Jacques et Jean. Jésus les appela et leur dit : Vous savez que ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les dominent. Il n'en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur ; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il soit l'esclave de tous (Mc 10,35-37 puis 41-44).
À ce sujet, on peut remarquer que l'école de Dieu précède toujours le service pour Dieu. Marc nous fait en effet connaître quelles étaient les activités des premiers collaborateurs que le Seigneur choisit. Cette précision n'est peut-être pas anodine. Jésus ne va pas chercher ses apôtres parmi les nobles de son peuple, ni parmi les chefs religieux. Non, il s'adresse à de simples pêcheurs, à des hommes actifs.
Les deux premières personnes que Jésus appelle, Simon et André, sont en train de jeter un filet dans la mer de Galilée. Jésus leur dit : Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. N'est-ce pas ce qui s'est passé pour Pierre, évangéliste puissant et rassembleur, comme le rapporte notre lecture des versets du livre des Actes des Apôtres ? La prédication de Pierre, ce jour-là, a permis d'ajouter trois mille personnes à l'Église naissante. André aussi a été un pêcheur d'hommes. Mais il a été plutôt représenté par un pêcheur à la ligne, en amenant, au fur et à mesure, un certain nombre de personnes au Seigneur.
Jésus, poursuivant son chemin sur le bord de la mer de Galilée, voit deux autres travailleurs, Jacques et Jean, occupés à raccommoder les filets avec leur pére, Zébédée. L'appel de Jésus ne doit pas être considéré comme un abandon de famille, même si Jésus dira plus tard : "Celui qui aime père et mère plus que moi n'est pas digne de moi." (Mt 10,37) L'appel de Jésus est plutôt l'abandon d'une unique occupation. Et l'apôtre Jean aura un ministère qui correspondra bien au travail qu'il accomplissait lors de son appel. Il s'appliquera en effet à restaurer, avec ses épîtres riches d'avertissements, ce qui se lézardait déjà dans la maison chrétienne, avec les premières difficultés qui se profilaient dans l'Église.
Oui, l'école de Dieu précède donc toujours le service pour Dieu. Aujourd'hui, nous sommes en 2012 et cette prédication reste d'actualité. En effet, cette année, des élections sont prévues dans nos Conseils presbytéraux, notre Consistoire, notre Synode. Parmi la foule des disciples d'aujourd'hui, certaines personnes vont être appelées et se voir confier diverses responsabilités. Toutes ne seront sans doute pas comme Nathanaël, avec un profil correspondant parfaitement aux tâches à assumer. Certaines ne seront peut-être que de simples pêcheurs, au filet ou à la ligne. D'autres encore seront peut-être très zélées, trop zélées, voire impulsives. D'autres seront peut-être déjà très impliquèes dans la vie de ce monde. Mais, finalement, est-ce vraiment important ? Non, l'important c'est d'accepter de se placer sous l'unique autorité de Jésus, le seul Maître. L'important c'est de mettre, en toute humilité, ses compétences au service de Dieu et des hommes, en refusant toute forme de jeu de pouvoir. L'important c'est de témoigner ainsi qu'effectivement, le temps est accompli, qu'effectivement, le Royaume de Dieu s'est approché, qu'effectivement, la repentance est indispensable et qu'effectivement, il faut oser croire à la bonne nouvelle de l'Évangile de notre Seigneur.
Amen !