
Prédications
Comme un grain de sénevé; Luc 17/5-10. 2 Tm 2/8-1
Les disciples étaient avec Jésus. Ils écoutaient son enseignement, sensibles à ses paroles. Il est touchant d'entendre ce matin que ceux qui ont choisi de suivre Jésus lui demandent d'augmenter leur foi. On a comme l'impression que ces derniers prennent conscience de l'immensité de la tâche à accomplir et des limites qui sont les leurs, de la grandeur de leur mission et de l'ombre de foi qu'ils trouvent en eux. Que la moisson est grande ! Et les ouvriers de la moisson sont si peu nombreux ! De plus, il n'y a qu'un pas de cette demande aux fausses excuses. Celui qui dit : "ah, si j'étais ainsi" pense déjà : "malheureusement, je ne le suis pas et je ne puis donc pas".
Que répond Jésus à ses disciples ?
Tout d'abord, il tient à faire savoir qu'en fait, ce qui est important n'est pas la mesure de la foi mais sa source et sa vigueur. Le grain de sénevé est l'une des plus petites semences du monde végétal. Pourtant, en lui-même, ce grain possède le principe de vie. Il peut donc croître et devenir un grand arbre. Ainsi, si la foi trouve sa source en Dieu, alors toutes choses deviennent possibles à celui qui croit. La foi véritable est toujours un mouvement de repli vers le Seigneur. Elle n'est alors plus limitée par les capacités humaines mais elle est à mettre en rapport avec la puissance illimitée de Dieu. C'est donc dans la mesure où elle reconnaît en chaque commandement du Seigneur la promesse du secours de sa fidélité et de sa puissance qu'elle peut se mettre à l'œuvre.
Avec l'exemple de la graine de moutarde, Jésus veut également faire savoir que l'exercice pratique de la foi implique l'humilité. Les disciples n'ont donc pas forcément obligation, pour prouver leur foi, de déraciner des sycomores ou de déplacer des montagnes. Celui qui est fidèle l'est aussi, et peut-être surtout, dans les petites choses. Et à ceux qui auraient la prétention de se croire indéracinables comme des sycomores, Jésus rappelle que la foi exige du fidèle une confiance absolue en Dieu, exprimée par cet ordre donné à un tel arbre : "déracine-toi et va te planter dans la mer", comme s'il pouvait y trouver un terrain propice. Parfois, la foi requiert donc de l'homme un déracinement de ses attaches profondes et un enracinement dans une mer sans fond.
Dans tous les cas, il s'agit de compter sur la puissance de Dieu. C'est Lui qui agit, ce n'est pas notre foi, petite ou grande. Quand on agit au nom de l'Évangile, on doit se souvenir que rien n'est impossible à Dieu. Ainsi, rien ne doit nous décourager, aucune situation ne doit être considérée comme définitivement perdue. Il n'est donc pas non plus question de rendre notre tablier, ce qui nous amène tout droit à la parabole du serviteur.
L'expression employée ici est "serviteurs inutiles". On peut traduire par : "vous n'êtes que des serviteurs, c'est-à-dire au service d'une tâche qui vous dépasse". Qui que nous soyons, nous ne sommes donc que des subalternes. Et heureusement ! Qui de nous se sentirait les reins assez solides pour porter la responsabilité du Royaume de Dieu ? C'est là que les phrases de Jésus deviennent encourageantes. Oui, Dieu nous demande seulement d'être ses serviteurs. Le responsable, c'est Lui. Nous ne sommes toutefois pas inutiles pour autant. Si le serviteur était vraiment inutile, aucun maître ne le garderait ! Si Dieu nous prend comme serviteurs, c'est qu'il souhaite notre collaboration. C'est qu'il se plaît à nous engager à son service.
Nous qui sommes rassemblés ce matin ici même, comme nous leur ressemblons, à ces disciples qui demandaient à Jésus d'augmenter leur foi. Et plus particulièrement dans la situation actuelle de notre paroisse avec la vacance effective d'un poste pastoral et la prévision de départ de notre deuxième pasteur. Comme nous nous sentons faibles, petits, vulnérables, comme ces grains de sénevé. Et combien sont nombreux les sycomores que nous allons devoir déraciner.
Comment allons-nous faire pour pérenniser notre vie communautaire ? Allons-nous arriver à continuer à nous rassembler chaque dimanche pour écouter la Parole de Dieu, pour louer notre Seigneur, pour prier et pour intercéder au bénéfice de nos contemporains ? Notre témoignage et nos actions au service des autres seront-ils encore crédibles ? Sans oublier toutes les petites choses courantes, quelconques mais indispensables, qu'il va nous falloir continuer à assumer !
Mais Jésus nous rappelle que la foi est là, à notre portée. La foi nous est en effet offerte par Dieu sans condition. La foi, qui naît de la rencontre personnelle avec Dieu, est l'inébranlable assurance que Jésus est à nos côtés, pour calmer nos peurs, pour nous aider à surmonter les obstacles et à tenir bon même quand tout paraît perdu. Pour nous, il ne s'agit pas de chercher à agir à la place de Dieu mais de remplir notre mission de serviteurs, c'est-à-dire de mettre en œuvre notre foi avec vigueur, dans l'humilité, l'obéissance et la joie. Cette foi qui est la réception confiante de la grâce offerte par Dieu. Cette foi qui est la réponse humaine à la déclaration d'amour faite par Dieu. Cette foi qui est l'attestation de l'amour de Dieu envers tous les hommes. Cette foi que tout être humain est appelé à recevoir dans la liberté.
Rappelons-nous enfin les paroles d'encouragement que Paul adresse à Timothée. Quelle formule étonnante : "ranime le don de Dieu que tu as reçu". L'Esprit de Dieu, qui peut donc parfois dormir en nous, est une source inépuisable installée par Dieu au plus intime de nous-mêmes. Cet Esprit est un esprit de sagesse, qui doit permettre de discerner la volonté de Dieu. C'est un esprit de force, qui doit rendre capable de vivre jour après jour la bonne nouvelle de l'Évangile de Jésus. C'est un esprit d'amour, qui doit rendre possible la communion à tout moment avec notre Pére ainsi que l'amour du prochain.
Ainsi, ranimons en nous cet Esprit et il nous aidera à veiller, à nous affermir les uns au contact des autres, à avoir du courage, à tenir ferme par la foi et à tout faire pour continuer à promouvoir l'amour, la paix et la justice. Ici et maintenant.
Amen.