Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Ireland : Jésus marchant sur les eaux
Prédications







Témoigner de l'amour de Dieu c'est affirmer qu'il fait grâce aux autres.  Es 56/1-7, Mt 15/21-28

Jésus se retire dans la région de Tyr et de Sidon. Il quitte le territoire d'Israël, il arrive en territoire  impur ". Les disciples l'accompagnent. C'est un moment privilégié dans leur relation avec le "maître"; un moment d'enseignement, loin des foules.
Mais une femme les poursuit de ses appels. C'est une femme qui cumule tous les inconvénients. D'abord c'est une femme et si elle ose interpeller Jésus, c'est vraisemblablement qu'elle n'a pas de mari. Elle est païenne, pire encore, cananéenne. Être cananéen dans l'Ancien testament, c'est presque une insulte, c'est l'ennemi, c'est celui qu'il faut éviter, c'est celui en tout cas avec qui il ne faut jamais frayer.
Les disciples râlent parce qu'ils sont dérangés dans ce moment d'intimité que Jésus leur accorde. Ils ont besoin de comprendre les événements qui viennent de se dérouler, comprendre les paroles de Jésus. Ils ne veulent pas être dérangés.
Et cette Cananéenne est là. Et elle s'approche de Jésus en faisant une confession de foi, une confession de foi très forte : "Seigneur mon Maître, fils de David, ma vie est tellement tourmentée ! ". Les disciples sont agacés. Ils voudraient bien que cette femme s'en aille. Jésus, lui, donne l'impression qu'il n'entend rien ! Qu'il est en dehors du coup. Et il faut vraiment que les disciples l'interpellent en lui disant : " Fais quelque chose ! Chasse-la car elle crie derrière nous ! ".

Matthieu nous rapporte-t-il une réponse de Jésus aux disciples ou est-ce que Jésus se le dit à lui-même ? " J'ai été envoyé pour les brebis perdues de la maison d'Israël ". Je n'ai pas été envoyé pour les autres ; je suis là uniquement pour rechercher ceux qui quittent le troupeau.

Et elle cette femme bouleverse les façons de voir les choses. D'une certaine manière elle dépasse, franchit la barrière des disciples pour se prosterner directement devant lui : Seigneur, viens à mon secours ! Lui, répond par une fin de non-recevoir : ça n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux chiens.
Cette réponse est quasiment une insulte. La femme aurait dû normalement fuir ou en tout cas se mettre en colère ; car être comparée à un chien, à un chiot même, c'est quelque chose d'extrêmement dur. Elle est non seulement femme, païenne, rejetée, sans doute célibataire, accumulant donc tous les inconvénients, mais voilà qu'en plus Jésus lui-même l'insulte.

Plutôt que de se mettre en colère dans sa détresse, elle se tourne vers lui : " les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maïtre ". Même si tu me considères comme quelque chose de parfaitement insignifiant, quelque chose à rejeter complètement, à fuir, quelque chose qui est à peine digne de demeurer sous la table, même sous la table, je peux profiter des miettes de ce que tu apportes au peuple d'Israël.

C'est dans cette réponse que Jésus reconnaît la foi profonde, la foi très forte, celle qui permet d'aller au-delà de tous les obstacles, d'aller au-delà de toutes les difficultés. C'est cette foi que Jésus reconnaît. C'est cette foi là qui permet à la femme d'obtenir ce qu'elle veut, d'être en quelque sorte rétablie dans sa dignité de femme, d'être humain.

À propos de ce texte, qui est très connu et qu'on a l'habitude d'étudier assez souvent, on parle toujours de la conversion de Jésus. Sans doute Jésus à ce moment là opère-t-il une sorte de conversion, sans doute prend-il la pleine mesure de ce qu'Ésaïe annonce dans le texte lu tout à l'heure : Celui qui est étranger, celui qui est exclus, s'il se tourne vers Dieu, s'il accomplit les commandements de Dieu, s'il agit selon la foi, alors il est intégré pleinement dans le peuple de Dieu.

Je pense qu'autre chose nous est dit dans cette histoire et qu'une autre affaire tout aussi cruciale s'y joue. Et cette autre chose, sans doute Matthieu veut-il l'adresser aux disciples, l'adresser à l'Église. À priori dans l'histoire, ça n'est pas Jésus qui rejette cette femme. Ce sont les disciples. Ce sont bien eux qui ferment les portes ; ce sont eux qui veulent se protéger, protéger leur intimité avec le Seigneur. Ce sont les disciples qui sont véritablement gênés par les cris de cette femme qui les perturbe, qui les empêche de vivre sereinement leur vie, leur relation avec leur Seigneur.

Ce sont bien les disciples qui essayent de chasser cette femme. Et voilà qu'ils sont finalement contredits, contestés d'une certaine manière par le miracle qui s'accomplit, démentis par l'accueil que Jésus fait finalement à cette femme.

Peut-être que le silence que Jésus affiche au début du récit en réponse aux cris de la femme, de la même manière d'ailleurs que les réponses qu'il livrera tout au long de ce récit, peut-être ce silence donc cherche-t-il à interroger les disciples, à les provoquer ; ou en tout cas à les " chatouiller " sur la question du pur et de l'impur qu'ils ont posée précédemment.

Matthieu dans ce récit montre que les disciples ont du mal à accepter d'être bousculés dans leur vie, dérangés dans leur foi, déstabilisés dans leur manière de vivre leur foi et de considérer les autres, bref du mal à accepter d'être interpellés par cette femme cananéenne.
Jésus finalement leur montre que par sa foi, elle intègre le peuple de Dieu.

Matthieu s'adresse à une communauté. Il écrit longtemps après les événements. D'une certaine manière Matthieu s'adresse à nous-mêmes, membres de l'Église. Comment sommes-nous par rapport au monde qui nous entoure ? Comment réagissons-nous par rapport aux cris que nous entendons, ici ou là-bas, ces cris qui parfois nous dérangent, ces cris qui sont jetés au monde, jetés à Dieu, par des hommes et des femmes, des jeunes ou des vieux qui sont considérés plus ou moins comme infréquentables, impurs, à l'extérieur, en dehors de notre communauté.

Comment répondons-nous ? N'avons-nous pas tendance comme les disciples, dans notre prière d'intercession à dire : " Fais les taire, ils nous dérangent. Donne leur ce qu'ils demandent et enfin nous pourrons continuer à vivre dans notre petite vie auprès de toi ! " ?

Sommes-nous capables, comme Jésus nous le montre dans ce texte, de comprendre que ces gens cherchent à forcer notre porte afin de participer, ne serait-ce que par des miettes, au repas que le Seigneur nous propose?

Jésus dit à cette femme : Grande est ta foi, qu'il t'advienne ce que tu veux.
Nous avons à entendre aujourd'hui cette parole qui vient de l'extérieur de nos communautés. Jésus n'intègre pas la femme étrangère dans le peuple d'Israël. Il lui dit la grâce de Dieu. Jésus, et ainsi il rejoint le prophète Ésaïe, simplement témoigne de l'amour de Dieu pour tous. Aux disciples et à l'Église d'accepter que les étrangers à la communauté sont aussi les bienvenus dans le royaume de Dieu.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2008
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