
Prédications
Christ nous rejoint sur les routes de nos vies et c'est une formidable nouvelle. Romains 6/3-11 Luc 24/13-35
Deux hommes marchent sur la route. Ils sont tristes. Leur tristesse est à la mesure de leur déception, à la mesure de leur espérance déçue. Ils marchent. On peut supposer qu'en marchant ils parlent à voix basse, essayant de comprendre ce qui s'était passé, de comprendre comment ces choses-là ont pu arriver ; de comprendre peut-être comment ils ont pu se faire piéger, en tout cas c'est ce qu'ils ressentent, piégés par ce prophète qui leur promettait tant et qui a disparu dans une telle violence.
Ces hommes sur la route, ce sont des disciples. On connaît le nom de l'un des deux, Cléopas. C'est lui qui se fera le porte-parole. L'autre, on ne sait pas son nom ; ça peut être n'importe lequel, ça peut être nous tous dans la marche de la vie, cette marche parfois trouble et troublante.
Ce qu'ils espéraient, c'est un Dieu fort ; un Messie qui les libère de l'occupant romain, un envoyé de Dieu qui viendrait délivrer le monde de la méchanceté des hommes, de la souffrance, de la maladie. Quelqu'un en quelque sorte qui viendrait rétablir le paradis sur terre.
Ils discutent entre eux. Et voici qu'un homme s'approche d'eux et les rejoint dans leur marche et leur discussion. Il commence par les écouter. Que se passe-t-il ? Que dites-vous entre vous ? Alors les disciples rapportent les faits tels qu'ils les ont vécus ; ils montrent aussi leur incrédulité, leur difficulté à entendre ce que les femmes ont rapporté, le tombeau vide, l'ange annonçant la résurrection, le fait que ce Jésus qu'ils ont accompagné et qui est mort, soit ressuscité, qu'il soit vivant.
Alors cet homme qui les accompagne a des paroles dures : Gens sans intelligence, imbéciles dirait-on aujourd'hui, n'avez-vous pas compris qu'il fallait que le Messie de Dieu souffre avant d'entrer dans sa gloire ? Et en reprenant les Écritures, il leur montre comment le scandale de la croix est en fait un incroyable message d'espérance, un incroyable message d'amour de la part de Dieu. À eux qui avancent dans le monde avec des règles qui enjoignent d'être fort, combatif, d'être vainqueur pour survivre, cet étrange compagnon explique comment celui qui est envoyé par Dieu accepte la souffrance, accepte d'être maltraité, accepte d'être torturé et mis à mort, accepte d'être solidaire de tous les échecs. Il leur enseigne comment Dieu lui-même en Jésus Christ accepte de se faire solidaire de tous ceux qui dans la vie des hommes, sont rejetés. Et l'homme reprend l'Ancien testament, l'histoire des prophètes. On peut imaginer qu'il reprend ces chapitres 50 et suivants du prophète Ésaïe, avec les chants du serviteur souffrant. Peut-être évoque-t-il aussi le prophète Amos ou le prophète Ezéchiel ou Jérémie, tous ces prophètes qui condamnent Israël pour l'injustice qu'il commet et qui annoncent l'amour de Dieu pour ceux qui souffrent.
Mais voilà, en ce premier jour de la semaine, le corps du prophète tant aimé n'est plus dans la tombe. Tout a été enlevé aux disciples, même l'amour qu'ils auraient pu exprimer en effectuant les derniers usages auprès du corps mort. Le tombeau est vide et cela doit angoisser énormément ces disciples. Pourtant l'absence même de ce corps mort condamné et crucifié est une formidable victoire. Ceux qui ont voulu l'éliminer ne peuvent plus le maîtriser, personne, assurément, ne peut plus le soumettre. Formidable victoire car il est signe de résurrection, signe de l'échec de ceux qui ont voulu la mort de Jésus, signe que l'amour est plus fort que la haine et que la violence.
Les disciples sans doute sur la route comprennent petit à petit ce qui s'est passé, pourquoi cela s'est passé ainsi. Mais ils ne reconnaissent pas encore leur compagnon. C'est le soir seulement, alors qu'ils sont autour de la table et que le pain est partagé, que leurs yeux s'ouvrent et qu'ils reconnaissent le Christ en celui qui leur a expliqué la Parole et qui les a accompagnés. Aussitôt le pain partagé, Jésus disparaît mais c'est avec une force totalement nouvelle qu'ils peuvent s'en retourner à Jérusalem, vers les autres disciples, pour annoncer l'extraordinaire nouvelle : Christ est ressuscité.
Il y avait deux disciples sur la route, un dont on connaît le nom, Cléopas, et l'autre qui peut être n'importe lequel d'entre nous, qui peut être nous tous. Nous sommes sur la route de la vie, cette route un peu troublante et bien souvent nous avons du mal à comprendre, à en comprendre les difficultés, à comprendre les injustices de la vie. Bien souvent même nous nous tournons vers Dieu, peut-être même en le maudissant, pour les malheurs qui arrivent au monde. En ouvrant les Écritures, c'est le Christ lui-même qui nous accompagne et qui nous aide à comprendre. Par une sorte de retournement c'est le crucifié lui-même qui nous offre les clefs de compréhension des Écritures. Mais surtout lorsque nous partageons le pain et le vin lors du repas du Seigneur, le Christ ressuscité lui-même se rend présent parmi nous. Il est là, il nous réconforte, il nous donne une force nouvelle pour aller vers le monde annoncer la fantastique nouvelle : il est vraiment ressuscité.
Aujourd'hui, nous avons accompagné Benoît dans le baptême et tout à l'heure nous allons partager le repas du Seigneur. C'est le Seigneur lui-même qui est présent parmi nous et qui nous guide.
L'apôtre Paul nous dit que c'est dans sa mort et dans sa résurrection que nous sommes baptisés. Par le baptême, par l'eau de baptême, nous sommes associés à ce qui s'est passé dans ces événements de Pâques, de vendredi et du dimanche. Nous sommes invités, tous ceux qui ont été baptisés, à reconnaître que le monde voulu par Dieu pour les hommes ne peut pas être régi par les règles humaines, les règles d'injustice, les règles de la domination, de la force et de la violence. En partageant le repas du Seigneur, nous sommes invités à être associés à ce Messie qui accepte de subir l'injustice sans y répondre autrement que par l'amour, pour témoigner contre l'injustice. Qui accepte la souffrance pour témoigner de la vie, pour témoigner du combat de l'amour pour que la vie soit la plus forte dans le monde.
Amen!