Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications





Il faut préparer la venue du Seigneur... en toute humilité.   Luc 10,1-20

Deuxième envoi des disciples pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume... Il est totalement lié à ce qui précède et Luc nous le précise en écrivant : "Après cela, le Seigneur désigna soixante-dix autres disciples". Vous vous souvenez, au début du chapitre 9 Jésus envoie les Douze en leur donnant puissance et autorité sur tous les démons, et pouvoir de guérir les maladies. Cette fois-ci, c'est soixante-dix disciples, ou soixante-douze disciples selon les manuscrits qui divergent entre eux.
Entre les deux envois, un certain nombre d'événements se sont passés, un certain nombre d'événements qui sont importants et significatifs quant à la fonction des disciples.

Il y a tout d'abord la multiplication des pains, Jésus qui nourrit cinq mille hommes en disant à ses disciples "Donnez-leur vous-mêmes à manger." Après, il y a l'interpellation de Jésus au sujet de son identité, suivie par la confession de foi de Pierre. Arrive ensuite un enseignement qui insiste, pour le disciple qui veut suivre Jésus, sur la nécessité de renoncer à soi-même.
Comme en écho, après la transfiguration qui est la manifestation du Christ en gloire, et le récit d'un miracle raté par les disciples, Luc nous rapporte ce passage qui nous montre que les disciples ne comprennent pas le sens de cet enseignement et se disputent pour savoir qui d'entre eux est le plus grand, ou revendiquent d'être les seuls à pouvoir faire des miracles au nom de Jésus. Le chapitre 9 se termine par l'épisode du village samaritain que les disciples veulent foudroyer parce qu'ils n'y ont pas été reçus.

"Après toutes ces choses, le Seigneur désigne soixante-douze autres disciples."
Le deuxième envoi en mission peut être lu comme une sorte de rectificatif au premier, comme s'il fallait tenir compte des limites des disciples. Limites qui ont été mises en lumière par le chapitre 9. Il y a des différences notables entre les deux envois.

Tout d'abord, vous vous souvenez quand au début du chapitre 9 Jésus envoie les douze apôtres, c'est avec la puissance sur les esprits mauvais, c'est avec cette capacité de faire des miracles. Ici, rien de tout cela. On n'est plus dans le spectaculaire. Jésus envoie les soixante-douze deux par deux, en éclaireurs, dans toutes les localités et toutes les villes où il devrait lui-même aller. Les disciples sont des émissaires qui vont en avant du maître. Ils ne sont pas là pour faire le travail du maître. Ils sont là pour préparer le terrain du Seigneur. Ceci expliquerait cette petite notice qui intrigue, ce verset 2 de ce chapitre 10 : "La moisson est abondante mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de moisson d'envoyer les ouvriers dans sa moisson".
Qu'est-ce à dire ? Que les disciples ne peuvent pas être considérés comme étant aussi les moissonneurs pour le Seigneur ? Qu'il est nécessaire pour eux de demander, d'implorer Dieu pour qu'il envoie d'autres personnes pour la moisson ? La fin du chapitre précédent nous inviterait plutôt à penser que les disciples doivent surtout éviter de prétendre pouvoir se substituer à Dieu surtout en ce qui concerne le jugement et ses conséquences. Être disciple implique une forme d'impuissance.

"Voici je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups".
Par ce deuxième envoi, Jésus montre très clairement que la tâche du disciple ne va pas être facile, que cette tâche sera semée d'embûches, que les disciples ne doivent pas s'imaginer qu'ils vont accomplir des choses extraordinaires par eux-mêmes. Il les met en garde. Ils ne sont pas des super héros. Nous avons ici chez Luc comme un écho de ce que nous avons vu dimanche dernier, un écho de cet épisode dans un village des Samaritains, lorsque les disciples ont cédé à la colère et ont voulu invoquer le feu du ciel pour consumer toutes les personnes qui refusaient d'entendre la Parole du Seigneur. Se faisant juge à la place de Dieu. Là, rien de cela. Jésus prévient ses disciples qu'ils ne seront pas forcément reçus et qu'ils vont a priori dans un milieu hostile, dans un milieu qui n'est pas forcément prêt à recevoir l'Évangile. Surtout, un milieu qui n'est pas forcément prêt à recevoir le Seigneur lui-même, en la personne de Jésus.

Jésus envoie les disciples annoncer la paix : "Dans quelque maison que vous entriez, dites d'abord "paix à cette maison". Et s'il se trouve un homme de paix, votre paix ira reposer sur lui". Venir en annonçant la paix, c'est renoncer à se présenter comme un conquérant. Par ces mots le disciple montre qu'il ne vient pas pour convertir à tout prix son auditeur. Si ce dernier ne souhaite pas entendre la Parole, l'apôtre doit passer son chemin sans arrière pensées, ni surtout culpabiliser. Il n'est pas responsable de l'accueil qui lui est fait.
La réception de l'Évangile n'est pas de la responsabilité de celui qui annonce ou qui proclame cet Évangile. Sa réception est due à la disposition de cœur de celui qui va entendre cette Parole et la recevoir, et à l'action du Saint Esprit.

Ainsi, entendre, écouter ou recevoir l'Évangile ne dépend pas seulement de celui qui l'annonce. Celui qui est chargé d'annoncer l'Évangile a le devoir de le diffuser. Il ne doit pas retenir la Parole, il ne doit pas en priver ses auditeurs. Recevoir l'Évangile dépend aussi de la disposition de celui qui le reçoit ; ou pas.
Cela peut sembler difficile. Comment savoir, comment dire qui reçoit et pourquoi certains reçoivent et d'autres ne reçoivent pas ? C'est un débat qui a fait rage tout au long de l'histoire de l'Église et que l'on trouve déjà en filigrane dans les épîtres de Paul. C'est un débat qui va enflammer l'Église au moment de la Réforme, et pas simplement entre Rome et les Réformateurs, mais aussi au sein des Églises de la Réforme. C'est la grande querelle du libre arbitre. Certains disant, et c'était la position de l'Église catholique, que l'homme est responsable. Les Réformateurs, Calvin en particulier, disant non, c'est le Seigneur seul qui ouvre les cœurs, c'est le Seigneur seul qui, à un moment donné, permet de recevoir ou de ne pas recevoir.
Mais alors, que penser de ce qui apparaît bien évidemment comme une prédestination, Calvin parlera même d'une double prédestination ? Selon cette idée, certains sont prédestinés à recevoir la Parole et à être sauvés, d'autres à se refermer et à être perdus. C'est comme s'il y avait une sorte de loterie, mais une loterie pipée, dans laquelle Dieu jetterait les dés à sa guise. Il n'en est pas ainsi dans l'esprit de l'Évangile et des Réformateurs. Calvin, quand il écrit sur la prédestination, veut affirmer que le salut n'est pas œuvre des hommes, mais de Dieu seul. Et que cela nous libère de toute préoccupation à ce sujet. Celui qui accueille la paix, et qui accueille l'Évangile, peut être assuré de son salut acquis de toute éternité en Christ.

Mais bien souvent ceux qui n'accueillent pas la Parole de l'Évangile, le font au nom de la Parole de Dieu elle-même. C'est bien ce que Jésus pointe dans ses conflits avec les pharisiens, avec les scribes et les docteurs de la loi. C'est au nom de la Loi, c'est au nom de la Parole de Dieu que ces derniers rejettent le salut en Christ. C'est en croyant se plier aux exigences de la Loi qu'il rejettent les impératifs de l'Évangile. Leurs certitudes les rassurent et la nouveauté de l'Évangile les effraie comme une terre inconnue dans laquelle ils ne veulent pas s'aventurer. Et cette terre c'est le Royaume.

Ainsi recevoir la paix c'est être disponible pour entendre la Parole. Le disciple n'est pas maître de la disponibilité des autres.
"S'il se trouve un homme de paix, votre paix ira se reposer sur lui. Sinon elle reviendra sur vous. Demeurez dans cette maison, mangeant, buvant ce qu'on vous donnera car le travail mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison".
Annoncer l'Évangile est pour le Seigneur un véritable travail, un travail qui mérite de recevoir un salaire en retour. C'est un ministère exigeant et parfois difficile. La grâce appartient à Dieu seul. Le disciple en est totalement dépendant même pour sa subsistance. "Dans quelque ville où vous entriez et où l'on vous accueillera, mangez ce qu'on vous offrira". Ne faites pas de tri. La Parole de l'Évangile doit être annoncée partout. Même à ceux chez qui on pense trouver de l'hostilité, il faut annoncer la Parole de Dieu. Si l'on est rejeté, alors il faut poursuivre sa route. Et si cette Parole est acceptée, alors il faut construire l'Église du Seigneur en toute humilité. Préparer en fait la venue du Seigneur. Car la mission des disciples, de ces soixante-douze, c'est bien d'aller en avant de la venue, en avant du maître, du Christ lui-même.

Aujourd'hui, il en est encore de même pour nous. Annoncer l'Évangile, c'est préparer la venue du Seigneur dans le monde. C'est annoncer cette venue. Le Royaume de Dieu est proche, il est là. C'est un double défi pour nous. D'abord, il ne faut pas penser que c'est par notre travail que les choses se font. C'est par l'action du Saint esprit qu'elles se font car, c'est le Seigneur lui-même qui envoie les moissonneurs. Et on ne sait pas sous quelle forme exactement.
Et le deuxième défi, c'est d'annoncer que le règne de Dieu n'est pas quelque chose qui doit venir plus tard. Le Royaume de Dieu c'est quelque chose qui est là, qui est là au milieu de nous. Et que donc notre défi c'est très clairement d'aller dans le monde proclamer que le Royaume de Dieu est là. Et si nous refusons de le faire, particulièrement dans la société dans laquelle nous vivons qui refuse d'entendre ce discours, alors nous sommes défaillants dans le ministère que le Seigneur nous confie.

Ce qu'il y a d'extraordinaire, ce sont les paroles que les disciples apportent à leur retour : ils ont été pleinement dans leur fonction d'émissaire, à leur place de disciple, de serviteur du Seigneur proclamant la venue du Royaume, et alors les signes du Royaume se sont manifestés. Ils se manifestent par la puissance contre les esprits mauvais, ils se manifestent par la guérison des corps et des âmes, à tel point que Jésus dit "J'ai vu le diable tomber comme un éclair du ciel", comme si la bataille avait lieu dans les cieux hors de la portée des hommes.

Aujourd'hui nous sommes envoyés par le Seigneur qui nous demande d'être sans crainte, de prendre sa Parole presque à la lettre : "Voici je vous ai donné le pouvoir de fouler au pied serpents et scorpions et toute la puissance de l'ennemi. Rien ne peut vous nuire ". Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas des persécutions; cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de martyr. Cela veut simplement dire que tout cela ne peut pas empêcher la Parole de Dieu de se répandre dans le monde. Et pour se répandre, elle a besoin de ses émissaires. Pour annoncer la venue du Royaume, elle a besoin de ses apôtres.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
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