
Prédications
Des hommes ordinaires pour moissonner Exode 19: 1-8, Matthieu 9.36-10.8
C'est le troisième mois après la sortie d'Égypte que Dieu sur la montagne du Sinaï donne la loi au peuple d'Israël. Traditionnellement cet événement est célébré dans le judaïsme lors de la fête des Semaines ou de Pentecöte, sept semaines après la Pâque. Pendant les 50 jours qui précédèrent le don de la loi, le peuple d'Israël a vécu toute une série d'événements. Des d'événements heureux, des événements plus difficiles à supporter. Il a connu la libération de l'esclavage, il a connu aussi la soif, il a connu la peur, il a connu la difficulté de vivre dans le désert ; et parfois même comme à Massa et Mériba, les gens du peuple ont protesté contre Dieu et contre Moïse en leur demandant pourquoi ils les avaient fait sortir du pays d'Égypte où tout était facile.
Et la route s'annonce longue et périlleuse jusqu'à la terre promise !
Au pied du Sinaï, c'est un peuple en guenilles qui établit son campement. Un peuple d'esclaves, dit Pharaon. C'est un peuple qui doit apprendre la liberté.
Il est difficile de vivre libre, de vivre l'incertitude de la liberté, quand pendant des années d'autres ont pris les décisions à votre place.
Pour que cette liberté puisse se vivre, s'apprendre, grandir, Dieu donne au peuple d'Israël un cadre qui est la loi. Pas seulement les dix commandements. La loi de Moïse, c'est l'ensemble de la Torah, ce sont toutes les paroles que Dieu a dites à Moïse, qu'Il a prononcées pour son peuple. Il a aussi donné des guides, Moïse bien sûr celui qui marche à la tête du peuple, mais aussi les Anciens, les 70 qui doivent accompagner le peuple tribus par tribus.
Oui, ce peuple en guenilles, ce peuple d'esclaves, se construit petit à petit, souvent dans la difficulté, parfois dans la joie.
Lorsque Jésus rencontre la foule, il rencontre un troupeau sans berger. Il rencontre des brebis qui sont harassées et prostrées comme nous dit la traduction de la TOB. Certains exégètes, en voulant traduire le plus littéralement possible, précisent même : "des brebis écorchées et jetées à terre", comme du bétail livré aux bêtes sauvages, aux loups ou aux ours.
Ainsi le peuple semble abandonné à lui-même.
Pourtant, il y avait en Israël des bergers. L'image du berger est une image ordinaire dans l'Orient ancien. Les bergers, ce sont des responsables politiques, ce sont les rois, ce sont les chefs religieux, les prêtres, les scribes, tous ceux qui ont le devoir d'accompagner, de conduire le peuple, de lui permettre de vivre en paix et dans la prospérité.
Jésus est pris de pitié pour la foule parce que cette foule qu'il rencontre semble complètement désemparée, comme ce peuple d'Israël en guenilles dans le désert qui ne sait vers qui se tourner, et qui n'a de cesse de retourner vers ses anciens maîtres, vers ses anciennes chaînes, ses anciennes idolâtries.
Alors Jésus dit à ses disciples : "La moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson. "
Cet appel sonne de manière bizarre. Jésus parle ici de moisson, alors que nous, nous aurions tendance à penser qu'avant de moissonner, il faudrait labourer la terre, il faudrait semer, il faudrait faire un travail efficace, pour que la semence puisse porter du fruit. On a du mal à voir dans ce peuple harassé et prostré, une moisson pleine de promesses, une moisson abondante. On aurait plutôt tendance à dire que tout le travail reste à faire. Cet appel aux disciples est très étonnant. Il remet en question notre vision de la mission.
Ensuite, Jésus donne autorité aux disciples, autorité sur les esprits impurs pour que ces disciples guérissent les gens de toute maladie. Nous avons vu
dimanche dernier ce que cela pouvait dire, quelle pouvait être la relation entre le péché, l'impureté et la maladie ou les infirmités. Et je pense que c'est dans ce le sens là qu'il faut comprendre la mission des disciples.
Jésus envoie ses disciples auprès de la foule pour guérir, pour la guérir. Pour guérir de tout ce qui empêche d'être véritablement libre. Pour annoncer l'amour de Dieu, cet amour qui seul permet de se relever, qui seul permet d'avancer.
Le peuple d'Israël au désert ne pouvait pas avancer sans qu'il y ait de cadre, et sans qu'il y ait de guides. L'Évangile nous présente aussi un guide, c'est le Christ. Pour Matthieu cela ne fait aucun doute, Jésus est lui seul le nouveau Moïse, celui qui doit permettre de conduire le peuple d'Israël de l'esclavage vers la liberté.
Et il y a aussi celles et ceux qui sont appelés par le Christ pour accompagner le peuple de l'Église dans cette marche. Au désert, les 70 Anciens installés par Moïse pour partager l'autorité auprès peuple, ne sont pas supérieurs au peuple. Ils seront les premiers à demander la construction du veau d'or. Ils sont issus du peuple. Tout comme les disciples. Lorsqu'on les énumère, on se rend compte qu'il y a parmi eux des gens qui n'hésiteront pas à trahir, qui ne pourront pas s'empêcher de trébucher ; on peut penser à Pierre, celui qui va renier Jésus. Et il y a aussi parmi eux cet homme que l'on connaît maintenant, Matthieu, Lévi, celui qui est considéré par tous comme un pécheur parce qu'il est collecteur d'impôts. Ce sont des hommes ordinaires que Jésus envoie dans la moisson, il les envoie vers l'extérieur, il leur demande de sortir pour aller auprès du peuple.
Dans ce texte, il y a une distinction : La foule, ça n'est pas l'Église ; la foule, c'est à l'extérieur ; la foule dans cette histoire, c'est des gens qui sont à un moment ou à un autre intéressés par le discours et par les actions de ce Jésus.
Dans cette histoire, Jésus demande à ses disciples d'aller dans le monde, d'aller dans le monde pour récolter la moisson et pour guérir les malades. Il ne s'agit pas d'agir pour tout combler, il s'agit d'aller vers celles et ceux qui voudront bien entendre cette parole du Seigneur.
Aujourd'hui, nous sommes aussi dans un monde qui semble harassé et prostré ; dans un monde qui ne sait pas véritablement vers qui se tourner ; dans un monde où bien souvent c'est la servitude qui prend le dessus, la soumission à des idéologies de destruction et de mort. Nous sommes nous aussi, disciples de Jésus, envoyés dans la moisson. Non pas pour semer, c'est Christ qui sème, c'est Dieu qui fait pousser ; nous sommes là pour récolter ce que le Seigneur a semé.
Et nous ne sommes pas seulement envoyés pour le faire, nous sommes invités aussi à prier, à prier pour que nombreux soient les ouvriers dans la maison du Seigneur.
Amen !