Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications




À travers les Douze c'est toute l'Église qui est envoyée  Marc 6/7-13

Très régulièrement dans nos Églises, le thème de l'évangélisation et de la mission revient. Et cela est particulièrement vrai dans les moments où elles connaissent des difficultés de recrutement, ou lorsqu'elles paraissent se vider. Alors on se mobilise et on organise de grandes campagnes de communication et de propagande, des campagnes d'"évangélisation".
L'Évangile de ce jour nous montre que la mission est au cœur même de l'Église et on pourrait dire que pour Marc l'évangéliste, ce passage que nous venons de lire marque le point de départ de l'Église. L'Église naît au moment où Jésus envoie les Douze pour aller évangéliser... j'allais dire... le monde, évangéliser en tout cas les contrées proches de Nazareth.

Lorsque l'on est confronté à ces questions d'évangélisation et de mission dans l'Église, on a tendance à penser que finalement la mission c'est le travail de quelques-uns, de quelques spécialistes. Jésus ne choisit-il pas ses douze disciples pour en faire ses apôtres ? Ne choisit-il pas des gens spéciaux, particulièrement formés, aptes et compétents ? En poussant le bouchon bien loin, certains ou certaines diront "C'est l'affaire des hommes !". Parmi les disciples, les Douze, il n'y a après tout que des hommes ! Je pense que c'est une erreur de lecture.
Quand Marc nous rapporte que Jésus choisit les Douze, il faut bien comprendre qu'il s'agit là d'un symbole fort. Et que ce symbole concerne non pas tel ou tel type de personnes choisies -des hommes, des aptes, des juifs....-, mais qu'il vise avant tout le chiffre de douze. Les Douze, bien évidemment, cela nous rappelle les douze tribus d'Israël. Et d'une certaine manière lorsque Jésus choisit les douze apôtres pour les envoyer dans le monde, c'est tout l'ensemble de la communauté des croyants qu'il envoie dans le monde. Les Douze ne sont que les représentants de tous et de toutes. Parmi les disciples de Jésus il n'y avait pas que des hommes, il y avait des femmes, fidèles parmi les fidèles ; elles sont même les seules à rester auprès de lui au moment de la Passion, au moment des heures les plus tragiques. Elles sont là au moment de sa mort, et elles sont là au moment de sa résurrection. Et ce sont elles les premières qui vont témoigner de la résurrection du Christ.

Les Douze donc, c'est le symbole de l'ensemble de l'Église. Et par conséquent ce qui est demandé à ces Douze ne les concerne pas eux seuls, c'est l'affaire de toute l'Église, cela concerne tous les membres de l'Église. Ainsi la mission au sein de l'Église est-elle la mission de tous et toutes, et non pas la seule mission des disciples, missionnaires, prêtres, ou pasteurs.

Dans son récit court et concis, Marc nous montre en quoi consiste cette mission. Et ce texte nous donne comme une sorte de cahier des charges, une feuille de route. Les Douze et à travers eux l'Église, sont donc envoyés. Ils sont envoyés pour proclamer l'Évangile, pour appeler à la conversion, au retournement des cœurs, afin que chacun puisse recevoir cet Évangile révélé et annoncé en premier par le Christ. C'est un Évangile de libération.
Cette mission n'est pas quelque chose qui doit contraindre les gens. Lorsque l'on entre dans une maison, on y reste si l'on est bien accueilli. Et si l'on n'est pas accueilli, si la parole qui est prononcée n'est pas reçue, alors on va voir plus loin, sans contrainte, sans forcer les gens. Et pour bien marquer que l'on ne doit rien et que rien n'est dû, on nettoie la poussière des sandales. L'image peut paraître violente, mais elle parle bien de cette coupure nécessaire : si vous n'entendez pas la parole de l'Évangile, alors vous n'avez plus rien à faire avec nous, et nous, nous ne vous devons plus rien.

Les disciples, les apôtres, sont envoyés sans avoir de richesse personnelle. Ils doivent y aller... j'allais dire... dans le plus simple appareil. Ils sont envoyés vers les gens avec comme seul richesse l'Évangile libérateur. De telle sorte qu'ils puissent vraiment être accueillis pour leur mission.
L'accueil en effet, c'est lorsque l'on se place sous la grâce des personnes, sous leur générosité. Les disciples, les apôtres ne doivent pas faire étalage d'une quelconque richesse. C'est leur pauvreté qui les rend disponibles, disponibles à être reçus. Ils ne sont pas là pour annoncer un Évangile qui se vendrait, ou qui s'imposerait en en mettant plein la vue ou les oreilles, ni un Évangile...comment dire... un Évangile qui prônerait les richesses. Mais un Évangile de la grâce de Dieu. On sait combien les choses peuvent être difficiles même au sein de nos Églises, lorsque les richesses submergent l'institution, submergent ceux qui la dirigent. Une coupure se fait alors entre le haut et la base de cette Église. C'est d'ailleurs l'une des principales raisons même de la Réforme, cette coupure qu'il y avait entre le peuple de Dieu et ceux qui dirigeaient l'Église.
Ainsi, cette pauvreté, ça n'est pas une pauvreté feinte ou superficielle. C'est simplement la pauvreté de la disponibilité, celle qui permet d'être à l'écoute, tout en témoignant de la grâce de Dieu. Se faire pauvre, c'est accepter de recevoir ce que Dieu veut bien nous donner à travers celles et ceux que nous rencontrons.

Enfin, le texte précise que les disciples sont envoyés deux par deux. L'annonce de l'Évangile, ça n'est donc pas une question d'exploit individuel ; c'est une entreprise commune. C'est l'entreprise de toute l'Église, de toute la communauté. En y allant deux par deux, en se soutenant l'un l'autre, on témoigne que la parole que l'on prononce est une parole qui vient d'ailleurs, une parole qui n'est pas la nôtre. L'Évangile que l'on annonce, c'est l'Évangile de la grâce de Dieu. Ça n'est pas de l'ordre de la puissance individuelle. Les envoyés de Jésus ont besoin de se soutenir les uns les autres car ils peuvent connaître des moments de faiblesse, des moments de défaillance ; de plus à plusieurs on se sent plus fort, plus apte ; comme le dit le texte de l'Ecclésiaste, "deux valent mieux qu'un".

Il y a encore autre chose d'important dans ce texte. Il y est question de la puissance et de l'autorité que Jésus donne à ses disciples, sur les démons. Et pour bien comprendre cette question de l'autorité il faut relier les différents passages du chapitre 6 de Marc et notamment celui que nous avons lu la semaine dernière. Nous avions vu que Jésus lui-même, celui qui envoie les disciples, échoue parfois dans sa prédication. À Nazareth, il n'est pas reçu, il n'est pas accepté par les siens parce qu'il est trop connu pour être reconnu comme porteur de la parole de Dieu. Il est regardé comme un héros local, comme un faiseur de prodiges... Et le texte de Marc nous dit qu'il n'a pas pu faire beaucoup de miracles à Nazareth à cause de l'incrédulité de ses interlocuteurs.
Ainsi la puissance qui est donnée aux apôtres n'est pas une puissance qui leur est propre. C'est une puissance qui accompagne la parole de Dieu. C'est l'Évangile lui-même qui est puissance de libération. C'est l'Évangile lui-même qui donne autorité sur les démons qui sont décrits bien souvent chez Marc comme étant des esprits de contestation, des esprits qui s'opposent justement à la parole de Dieu. Ainsi les disciples sont envoyés avec comme seule puissance, la puissance de la parole de Dieu, la puissance de l'Évangile, l'Évangile qui annonce la grâce.

Je vous ai dit au début que ces douze apôtres reflétaient l'ensemble de l'Église. C'est nous tous qui sommes envoyés pour annoncer la parole de Dieu, annoncer cet Évangile de libération. Nous ne devons pas nous croire inaptes, moins aptes les uns que les autres. Nous tous qui avons reçu cet Évangile et qui avons été libérés par lui, nous sommes envoyés par le Christ dans le monde pour témoigner de cet Évangile par nos paroles, par nos actes, par notre manière de vivre. Nous avons à le faire simplement, simplement en accueillant, et en acceptant d'être accueillis comme les apôtres. Et nous avons à le faire tous ensemble et non pas chacun dans son coin !!!
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2009
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