Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications





La grâce de l'Évangile nous dit : tu peux aller à Dieu tel que tu es   Luc 7/36-8/3

La Parole de Dieu est une parole dure à entendre. Elle est surtout difficile à comprendre. Et c'est particulièrement vrai pour les deux hommes dont il est question dans les textes que nous avons lus ce matin. Nathan va voir David. Il va le voir pour le remettre à sa place. Pourtant David est le roi, il est celui qui a été choisi par Dieu. Il est l'oint, le messie, celui qui a été choisi pour régner sur le peuple d'Israël. Et selon ce qu'il imagine, il a tout pouvoir, il est protégé de Dieu et peut tout se permettre. On connaît tous cette histoire de Bethsabée. Et on connaît tous cette parabole utilisée par Nathan pour confondre David.
David, dans sa puissance, David dans sa certitude d'être béni de Dieu, d'être protégé, pense qu'il ne peut rien lui arriver de mal, il pense en particulier qu'il ne peut pas mal agir. Et il lui est difficile d'entendre cette parole du prophète. Il lui est terrible même, plus qu'aucune autre blessure subie à la guerre, il lui est douloureux d'entendre de la part du prophète, qu'il a mal agi, qu'il est pécheur et qu'il mérite la punition divine.

Il en est de même du pharisien dans le récit de Luc. Les pharisiens sont des hommes pieux, ils passent leur vie à essayer d'agir, d'agir de sorte à plaire à Dieu. Ils passent leur vie à essayer d'accomplir la Loi, cette Loi qui doit leur permettre d'être regardés comme purs aux yeux de Dieu, cette Loi qui doit leur permettre de faire partie du peuple d'Israël sans honte, sans baisser la tête. Et il est fort probable que cet homme agit de tout son cœur pour accomplir la volonté de Dieu. Il ne comprend pas. Il ne comprend pas comment Jésus qui pourtant à ses yeux semble faire partie de la même famille religieuse, celle des pharisiens, il ne comprend pas comment Jésus peut accepter de se faire toucher, toucher par cette femme, cette femme qui est dite "pécheresse" dans l'Évangile de Luc. Le péché de cette femme doit être multiple, même s'il est un.

Vraisemblablement cette femme est une prostituée et peut-être une prostituée sacrée comme il y en avait beaucoup à l'époque de Jésus. Une prostituée sacrée, c'est-à-dire que non seulement elle était pécheresse par son corps, mais qu'en plus elle faisait cela pour rendre un culte à des dieux païens et que cela la rendait abominable aux yeux des Juifs pieux. Le simple fait d'être touché par une telle personne rendait impur et empêchait la personne touchée de participer au culte dans le Temple de Jérusalem. On peut bien imaginer que ce pharisien ne comprenne pas l'attitude de Jésus. Il ne comprend pas comment Jésus peut laisser faire. Jésus raconte à ce moment-là une parabole qui va placer le geste de cette femme au cœur de l'histoire du salut. De fait le discours de Jésus pointe du doigt le péché du pharisien, sa propre faute. Il va montrer combien tous les efforts qu'il fait pour accomplir la Loi de Moïse, tout ce qu'il fait quotidiennement pour "avoir le droit" de participer au culte et "avoir le droit" de se tourner vers Dieu, combien tous ces efforts sont inutiles, car tout homme est pécheur, quand bien même.
Bien pire Jésus va pointer du doigt qu'il a failli à la plus élémentaire règle de l'hospitalité. Cet homme est un pharisien. Sans doute est-il quelqu'un d'important, car il peut organiser des banquets et inviter du monde. Il est quelqu'un d'important et pourtant il n'a pas lui-même accompli ce que l'on fait d'habitude, laver les pieds des invités, les parfumer afin de les honorer. Peut-être cela a-t-il été fait par un serviteur à qui il est d'usage de déléguer "les tâches subalternes".

La femme qui s'est présentée à Jésus est sans doute une femme d'un statut social et religieux important. Le cadeau qu'elle fait à Jésus le montre. On ne met pas n'importe quel parfum dans un vase d'albâtre, dans un flacon de grand prix. Par ailleurs notre homme semble la connaître puisqu'il l'identifie tout de suite comme étant pécheresse.
Et pourtant cette femme va se comporter comme une servante, elle va se rabaisser en se mettant aux pieds de Jésus, au pied de la couche puisque l'on mangeait allongé à cette époque. Et en toute humilité elle va accomplir auprès de Jésus ce que le pharisien n'a pas fait.

Ces textes nous placent les uns et les autres devant notre péché. David est puissant, c'est un prince, un Seigneur, il a été choisi par Dieu. Et pour lui il semble qu'il ne peut rien lui arriver. Il a placé sa confiance en Dieu. Nous le voyons dans les psaumes que nous lisons, dimanche après dimanche. Il est fidèle et pourtant cela ne l'a pas empêché de trébucher et de commettre la plus abominable des fautes en tuant un adversaire pour posséder sa femme. Il ne se rend pas compte qu'en faisant cela c'est contre Dieu qu'il agit.
Le pharisien, lui non plus, n'arrive pas à comprendre quelle est sa faute. Il n'arrive pas à se reconnaître pécheur. Il est fils d'Israël, il accomplit la Loi dans toute sa rigueur. Et sans doute dans sa piété évite-t-il de faire ce qui est mal. Et pourtant il n'arrive pas à concevoir que Jésus accueille cette prostituée qui vient importuner la fête. Il n'arrive pas à comprendre quelle est sa faute à lui. Et c'est cette femme qui bien involontairement va donner la clé de lecture, c'est cette femme qui va montrer à tous les convives, qui va nous montrer à nous aussi, que le seul salut vient de Dieu, qu'il n'y a pas de sanctification qui soit de droit divin. Ça n'est pas parce que nous avons reçu le baptême que tout est joué, terminé pour notre vie et que nous sommes sauvés définitivement, que nous ne risquons plus de pécher.
Ça n'est pas parce que nous appliquons la Loi le plus sérieusement du monde et que nous essayons jour après jour d'éviter de faire du tort, que nous sommes sauvés. Nous sommes sauvés par grâce. Nous sommes sauvés indépendamment de nos efforts, indépendamment de ce que nous sommes. Nous sommes sauvés par l'amour, l'amour de Dieu pour nous. C'est ce que cette femme a compris, c'est ce que cette femme vient montrer en rendant grâce à Jésus.

Cette femme nous montre que nous pouvons nous aussi nous présenter devant Dieu tels que nous sommes, ainsi que nous l'avons lu tout à l'heure en guise de paroles de grâce par un texte de Bonhoeffer, tels que nous sommes, c'est-à-dire pécheurs, mais sûrs de l'amour de Dieu pour nous.

Telle est bien la dernière parole de Nathan qui même si elle est dure, montre que ce que Dieu avait décidé pour David, il ne l'accomplira pas parce que David a reconnu sa faute et qu'il s'est tourné vers Dieu. C'est ce que Jésus dit aussi à cette femme, "tu es sauvée, tes péchés te sont pardonnés". Par la suite, l'évangile de Luc nous dit que Jésus faisait route à travers villes et villages, qu'il proclamait et annonçait la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Le règne de Dieu, c'est que Dieu pardonne et nous fait grâce. C'est que nous pouvons tous nous tourner vers lui tels que nous sommes pour recevoir cette grâce et ce pardon.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
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