
Prédications
Jean le Baptiste nous rappelle l'essentiel. Esaïe 40/1-11 Marc 1/1-8
Ici commence la Bonne Nouvelle, l'Évangile de Jésus Christ. L'évangile de Marc, vous le voyez, ne raconte pas l'enfance de Jésus, il n'a pas de récit de Noël. Il ne commence pas par cette histoire là. L'évangile selon Marc commence par une proclamation, la proclamation dans le désert de Jean le baptiste, celui qui selon l'Église réalise dans l'histoire la transition entre l'ancien temps et le nouveau. Jean Baptiste bien évidemment est vu par l'Église primitive comme étant le dernier prophète de l'Ancien testament, et peut-être aussi, le premier du Nouveau.
Marc ne s'y est pas trompé, il fait le lien entre Jean le baptiste et la prophétie annoncée dans ce chapitre 40 du Livre du prophète Esaïe : Jean le baptiste est bien évidemment celui qui est appelé par Dieu pour proclamer un temps nouveau, un temps de libération.
Sa description rappelle Élie le prophète, celui qui s'est battu contre les prophètes de Baal et les a éliminé. Jean est habillé comme lui. Il se nourrit comme lui et vit dans le désert comme lui. Et en plus, la tradition juive prévoyait que la venue du Messie serait annoncée par le retour du prophète Élie parmi les hommes. Ainsi, aux yeux des premiers chrétiens, tout convergeait pour indiquer que Jean était bien ce précurseur qui annonçait la venue du Messie. Le Messie pour les chrétiens était bien évidemment Jésus qui sera appelé le Christ. Ainsi Jean le baptiste opère bien pour Marc, la jonction entre l'Ancien testament et le Nouveau testament. Il articule les anciens temps, les prophètes et toutes leurs annonces avec les temps nouveaux qui verront la réalisation de ces prophéties.
Jésus lui, d'après l'Évangile, est celui qui objectivement est annoncé par les prophètes et principalement par le prophète Esaïe. Il est le serviteur souffrant, celui qui donne sa vie au Seigneur pour la libération du monde. Les chrétiens, dans leurs polémiques avec les juifs, vont chercher à démontrer que Jésus le Christ est bien le messie annoncé. Ils s'ingénieront à lire l'Ancien testament pour y découvrir tout ce qui annonce le Nouveau.
Je pense qu'il faut peut-être un petit peu nuancer l'enthousiasme de l'Église primitive qui essayait de se justifier, qui essayait de justifier sa séparation avec la synagogue en particulier, en disant " voyez, c'est nous qui avons raison, l'Ancien testament, la bible, la Torah et les prophètes annoncent la venue de Jésus. Il faut reconnaître celui-là. "
Je ne suis pas entièrement persuadé que Jésus voyait les choses comme cela. Et je ne suis pas entièrement persuadé que ce soit comme cela qu'il faille lire l'Évangile, lire l'Ancien testament à la lumière de l'Évangile.
Parce que l'essentiel c'est que Jean le baptiste ne fait que rappeler la vérité, la vérité donnée par la loi de Moïse, la vérité annoncée par les prophètes. Cette vérité est celle de la volonté de Dieu pour les hommes, la volonté qu'ils vivent libres, debout, loin de l'esclavage du péché. La vérité de Jésus n'est pas tant de coller à l'application stricte de la loi ; elle n'est pas tant d'être la réalisation parfaite de ce qu'annonçaient les prophètes de l'Ancien testament ; mais elle est de montrer le véritable sens des prophéties, le véritable sens de la loi ; elle réside dans ce que Jésus doit être pour nous tous, dans nos vies.
D'ailleurs Jésus n'est pas très éloigné des pharisiens, des docteurs de la Loi dans son discours. Bien souvent même, il est d'accord avec eux. Leur opposition ne réside pas dans une différence de degré dans l'application de la loi. Elle réside dans une compréhension radicalement différente de l'usage de la loi.
La grande différence, est la façon dont il traduit cette loi de Moïse dans la vie concrète sans jamais perdre de vue la substance même de ce qui constitue les commandements de Dieu.
La radicalité de la traduction de cette Loi de Moïse, c'est la radicalité de son comportement et de sa vie. C'est la radicalité de son amour. C'est le don absolu de sa vie pour tous, pour montrer jusqu'où va l'amour de Dieu pour tous les hommes et les femmes.
Et de cette manière il montre que effectivement le salut ne vient pas de l'application stricte de la loi et des prophètes. Le salut est un don, un don de Dieu.
Ainsi Jean Baptiste est beaucoup plus qu'une simple transition entre l'ancien et le nouveau. Jean Baptiste n'est pas seulement le lieu d'un passage. Il est aussi celui qui annonce le discours, la parole à venir du Christ.
Convertissez-vous, changez de comportement, retournez-vous sur vous-mêmes. Faites-vous baptiser, c'est-à-dire acceptez de vous laver, de vous faire laver pour le pardon des péchés. Acceptez de vous placer devant Dieu tels (telles) que vous êtes, avec vos qualités et surtout avec vos défauts, avec vos péchés, afin de les lui remettre et qu'il puisse vous en débarrasser. Il ne suffit pas d'appliquer la loi pour être justifié-e. Il faut que cela soit donné, donné par un autre, donné par le Tout-autre.
Oui ! En ce deuxième dimanche de l'Avent qui est traditionnellement le dimanche où nous parlons de Jean Baptiste, il est bon de rappeler que Jean Baptiste n'est pas seulement celui qui annonce la venue de Jésus. Il est aussi et surtout celui qui nous montre le moyen de recevoir ce Messie qui vient. Et ce moyen, c'est de nous tourner avec humilité vers Dieu, reconnaissant son altérité, reconnaissant que nous devons recevoir de Lui le salut, que nous devons tout recevoir de Lui.
Amen