Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Mafa La vie de Jésus : la tempête apaisée
Prédications






Nous avons rencontré le messie ! Jean 1: 29 à 41


Jésus se retourna et voyant qu'ils s'étaient mis à le suivre, il leur dit : "Que cherchez-vous ?"
Cette question peut sembler étonnante à ce moment là du récit de Matthieu, parce que Jésus ne fait que commencer son ministère.
Que cherchez-vous ?
Cette question n'est pas si anodine qu'elle n'y paraît. Elle va réapparaître à plusieurs moments au cours du ministère de Jésus. Jean lui-même plus tard la posera sous une autre forme : "Es-tu celui qui doit venir ou devons nous en attendre un autre ?"
Pourquoi suit-on Jésus? C 'est une question importante dans l'annonce de l'Évangile.

Jean se trouve au bord du Jourdain. À l'endroit même où il a pratiqué le baptême. Il est là, avec ses disciples. Jésus aussi, nous dit le texte, est présent. On peut supposer que les relations entre Jésus et Jean étaient des relations de proximité étroite. Inspiré par l'Esprit, Jean fixe son regard sur Jésus et dit : " Voici l'agneau de Dieu ".

Dans l'ancien Israël, l'agneau de Dieu est une image forte, c'est une image que l'on retrouve dans le prophétisme à plusieurs reprises (Esaïe 53/7, Jérémie 11/19). Mais surtout, l'agneau est au cœur de l'événement le plus important du peuple d'Israël : il est au cœur de l'Exode, il est au cœur de la Pâque ; on mange l'agneau de Dieu au moment de partir d'Égypte pour la libération. Il est le symbole de ce départ si important pour quitter le lieu de l'esclavage. Il est le signe de cette libération offerte par Dieu au peuple.
L'agneau (il s'agit en fait plutôt d'un bouc) est aussi au cœur du pardon ; au cœur de Yom Kippour ; au centre du sacrifice de réconciliation entre Dieu et son peuple, lorsque Dieu offre son pardon au peuple. Il est donc l'image même de l'histoire du salut. Il rappelle à celles et ceux qui en partagent la nourriture, que le salut est donné, offert par Dieu à tous.

Ainsi lorsque Jean désigne Jésus comme étant l'agneau de Dieu, il l'associe à toute l'histoire du salut d'Israël et au messie annoncé par les prophètes. Les disciples de Jean, qui sont comme beaucoup en Israël dans l'attente du messie, suivent Jésus "pour voir". Le grand jour serait-il arrivé ?

Il y a des indications d'heures et de jours dans ce passage. Si on lit entièrement les deux premiers chapitres de l'évangile de Jean et si on fait le décompte des jours, on se rend compte qu'il s'écoule, entre le prologue et le début du ministère de Jésus, sept jours. Ou plutôt, le ministère public de Jésus commence le septième jour. Le texte lu ce matin commence en disant " le lendemain ", et c'est déjà la deuxième fois que l'on trouve ces mots ; ainsi, on est au troisième jour.

Jean l'évangéliste inscrit donc cette histoire en reprenant la chronologie de la Création, et c'est comme cela dans tout son évangile. Pour Jean, Jésus est le nouvel Adam, c'est Dieu-qui-se-fait-solidaire-de-sa-création (troisième jour). Le sommet, l'aboutissement de la création, c'est la mort sur la croix (associée chez Jean à la glorification), et la résurrection au matin de Pâques. Ainsi en étant désigné " agneau de Dieu ", Jésus le Messie est associé dès le début de l'Évangile à cette histoire du salut.

Il y a dans le texte de Jean une indication d'heure : la dixième heure. La dixième heure à l'époque de Jésus, c'est quatre heures, donc on est déjà presque en fin d'après-midi. C'est probablement l'heure à laquelle les premiers chrétiens se retrouvent le dimanche pour la célébration du culte. Les disciples de Jean sont en quelque sorte les précurseurs des premiers chrétiens. Ils suivent Jésus dans la maison, là où se réunit la première Église. Dans la prière ils sont en sa présence, ils écoutent sa parole, ils l'entendent dans la prédication. Touchés par la parole ils s'ouvrent à la foi.

On parlait déjà d'Église et de chrétiens lorsque Jean écrit son évangile. Ecclésia, c'est la traduction de "synagogue " en grec. Les deux mots sont utilisés par Paul pour distinguer les chrétiens des juifs, mais ils ont la même signification. L'indication de la dixième heure n'est pas quelconque, anodin. Elle vise à établir un lien entre cette rencontre à la dixième heure dans la maison entre Jésus et ses disciples, et les rencontres ultérieures des premiers chrétiens autour de 16 h. Il ne faut pas perdre de vue que l'évangile de Jean est écrit au plus tôt à la fin du premier siècle. Et tout est fait pour que lors de la lecture liturgique de l'Évangile et de la célébration des sacrements, les fidèles se sentent en présence du Seigneur et qu'ils s'identifient aux personnages.

Un glissement s'opère dans ce texte. Par deux fois, Jean répète "voici l'agneau de Dieu ". Mais après avoir été dans la maison, après avoir vu et entendu, ses disciples courent annoncer leur découverte aux autres, à Simon, celui qui deviendra Pierre, en disant "nous avons rencontré le Messie". Leur interrogation quant à l'avènement du royaume devient certitude.
Il y a dans le texte de Jean la découverte et la proclamation par les disciples, que Jésus est le messie, c'est-à-dire le Christ, c'est-à-dire l'oint, celui qui a reçu l'onction de Dieu, celui qui vraiment est envoyé par Dieu pour la réalisation de toutes les promesses. Les disciples s'approprient et vivent la proclamation de l'Évangile. De l'interrogation intellectuelle ils passent à l'expérimentation du salut.

Que cherchez-vous ? Cette parole de Jésus retentit pour nous aussi. Nous sommes invités à suivre les disciples de Jean dans leur expérience.
Qu'êtes-vous venir faire ici ? Dans ce temple ?
Répondons-nous, un peu distants comme les disciples au début du récit : "Seigneur, où demeures-tu ?" Est-ce par simple curiosité que nous sommes là ? Est-ce par simple recherche personnelle ? Pourquoi pas ? Jésus ne rejette pas cela, il accueille les disciples : "Venez, voyez, venez et vous verrez. Demeurez un moment avec moi !"
Ou acceptons nous de nous laisser toucher par la parole, et convaincre de la réalité de ce qu'elle proclame ?

Les disciples transformés par la parole, s'en retournent chez eux, s'en retournent vers les autres pour témoigner que Jésus est le sauveur, pour témoigner de ce messie, cet oint de Dieu qui apporte véritablement le salut du monde.

Le messie que nous sommes invités à rencontrer avec eux, c'est celui qui permet de regarder la vie autrement, qui permet de se sentir libéré du poids de nos fautes, c'est celui qui permet d'avancer, d'aller vers le monde et de dire au monde : Voici celui qui nous sauve, nous avons trouvé le messie.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2008
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