Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications




Détache-toi, pour vivre l'Évangile de la libération  Marc 10/17-31

"17 Comme il (Jésus) se mettait en route, quelqu'un (un homme) vint en courant et se jeta à genoux devant lui..."

Jésus se met en route... Il monte vers Jérusalem, il va vers sa Passion. Il sait ce qui l'attend. Par deux fois déjà il en a fait l'annonce à ses disciples. Il sait qu'il va être confronté à l'incompréhension, au rejet, à la persécution et à la mort. Il sait que le peuple de Dieu n'est pas prêt à recevoir sa Parole et qu'à cause de cela, ce peuple le rejette.

Un homme court à sa rencontre... un homme préoccupé lui aussi, qui s'inquiète pour son salut, qui s'inquiète pour son avenir. Rien ne nous permet de croire que cet homme n'est pas sincèe. On peut penser qu'effectivement, comme pour beaucoup de juifs pieux, toute sa vie est tournée vers ce salut qu'il attend et espère gagner, toute son énergie même, au point qu'il en oublie peut-être tout le reste.
Jésus est-il agacé ? Est-il ennuyé par cette interpellation alors qu'il sait que lui va vers sa mort ? On a l'impression qu'il répond à cet homme d'une manière un peu sèche, un peu brutale : "il n'y a que Dieu qui puisse être appelé "bon". Toi, toi qui es Juif, pieux, tu devrais savoir cela. Tu ne te feras pas d'images taillées pour te prosterner devant elles. Tu connais les commandements. Tu es juif, tu sais ce que tu dois faire pour plaire à Dieu !
Mais voilà ! Pour cet homme, cela ne suffit pas. Il reste des questions, des incertitudes pesantes. Il ne sait toujours pas comment faire pour gagner le royaume. Il pressent que l'observation des commandements ne suffit pas, en tout cas cela ne le satisfait pas. C'est pourquoi il insiste et continue à interpeller Jésus.

Cette impression de devoir accumuler les bons comportements, de devoir adopter les bonnes manières de faire pour obéir correctement à Dieu, est commune à beaucoup d'hommes. Luther lui-même, pendant de nombreuses années, va souffrir de cette incertitude-là et il essayera par tous les moyens de respecter la "volonté" de Dieu. Et pourtant, toutes les mortifications n'y font rien, il n'est jamais satisfait et rassuré.
Oui, l'homme quand il se tourne vers Dieu et qu'il dit sa préoccupation pour son salut, a du mal à se débarrasser de ce qui l'oppresse, de ce qui lui pèse, de ce qui l'enferme. Il cherche à plaire à Dieu à tout prix et ne perçoit pas que Dieu pourrait avoir d'autres préoccupations que ce marchandage du salut par les œuvres.

L'homme pieux et qui déjà respecte la Loi de Moïse se rend compte que les œuvres ne suffisent pas.
Jésus change d'attitude envers cet homme. Marc nous dit qu'il se prit à l'aimer. Et on peut imaginer qu'il se prend à l'aimer comme un père aime un enfant. Il se prend à l'aimer parce qu' il perçoit le désarroi de cet homme. Il est touché par les efforts désespérés pour atteindre un but à portée de main, mais hors d'atteinte à cause du désir de posséder le salut. Une seule chose te manque, va, ce que tu as vends-le, donne-le aux pauvres, viens et suis-moi. Cesse de te préoccuper pour des choses qui n'ont pas l'importance que tu leur donnes, change de regard, débarrasse-toi de tout ce qui te pèse, la richesse matérielle bien sûr, mais aussi le reste ; et surtout le regard que cet homme porte vers Dieu. Dieu qu'il hésite même au départ à appeler "bon", un Dieu qu'il perçoit peut-être comme un juge implacable, un juge qui refuse d'aimer ceux qui ne respectent pas à la lettre toute la loi de Moïse.
Jésus invite l'homme à une conversion du regard, à un peu moins se préoccuper de sa petite personne et de son salut personnel pour se tourner vers les autres et leur témoigner de l'amour de Dieu.

Les disciples n'ont pas compris non plus. Bien sûr ils ont tout quitté pour suivre Jésus, mais dans quelle idée ? Avec quel objectif ? On a l'impression, en écoutant Pierre, qu'il ne prend pas la mesure de ce qu'implique cet abandon. Il ne se rend pas compte de ce que signifie "être disciple". Pour lui c'est marcher vers un monde nouveau et merveilleux, vers le règne de Dieu implanté dans ce monde et au sein duquel le disciple aura une place de choix. Les disciples ne comprennent pas le sens de la marche de Jésus vers Jérusalem : l'abandon de soi et le don de sa propre vie pour le salut des hommes. Au moment où Jésus vivra sa Passion, au moment où il aurait eu besoin du soutien de ses disciples, ils sont tous absents, ils ont fui, ils ont peur. Et ce faisant, ils témoignent qu'ils n'ont pas compris le sens de leur engagement.

Aujourd'hui encore, le salut peut être l'une de nos préoccupations dans le monde dans lequel nous vivons. Mais bien souvent nous avons du mal à comprendre en quoi ce salut peut consister. Le salut peut être beaucoup de choses ; le salut c'est se mettre à l'abri, c'est la santé. Ça peut être aussi pour certains la bonne fortune, qui est comme le témoignage d'une bénédiction divine. Ou encore, la certitude d'une vie meilleure dans un monde à venir...
Dans nos attentes ou nos demandes de salut, nous avons bien souvent les mêmes relations à Dieu, les mêmes relations à Jésus que cet homme ou que les disciples ; une relation de marchandage. Et ce n'est pas vraiment ce que l'Évangile nous propose ; bien au contraire, l'Évangile ouvre à une autre relation à Dieu, une relation de confiance, de gratuité.

Nous avons du mal à nous débarrasser de tout ce qui encombre nos vies. Pas seulement la richesse matérielle, mais aussi toutes nos petites compromissions, tout ce qui fait que nous pouvons supporter les difficultés du monde. Les fuites, celles qui nous évitent de devoir contester dans ce monde et qui par là même nous protègent de la persécution et nous évitent d'être rejetés par un monde qui ne veut pas entendre la parole de libération.

Ça n'est qu'après la Passion, ça n'est qu'après Pâques que les disciples vont comprendre. Pourtant, tout est toujours à recommencer. On a l'impression que dans le monde dans lequel nous vivons, il faut constamment, constamment reprendre les choses à zéro. Constamment les hommes se tournent vers Dieu ou vers Jésus en lui demandant "que faut-il faire pour avoir la vie en partage ?".
À nous aussi l'Évangile nous dit, "il te manque une seule chose, va, ce que tu as vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel". Pour nous aussi, il nous faut nous apprendre à nous détacher, à nous détacher de tout ce qui fait notre fortune, notre richesse, à nous détacher non seulement de nos biens matériels, mais à nous détacher aussi de nos certitudes qui nous enferment, afin de nous tourner vers Dieu et de recevoir, de recevoir la vie en partage, gratuitement, sans avoir rien à payer pour cela.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2009
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