Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Olivier
Prédications




Fermer sa prière-parapluie et persévérer dans la prière d'espérance   Exode 17/8-13 Luc 18/1-8


Jésus dit une parabole sur la nécessité pour les disciples de prier constamment, de ne pas se décourager. Ce texte est un texte connu qui a parfois été utilisé à tort et à travers, principalement par ceux qui font de la prière le signe de la foi, et qui bien souvent par contrecoup disent : si vous n'obtenez pas ce que vous voulez, c'est que vous ne priez pas assez.

Dans cette histoire, il y a deux protagonistes, ou du moins il semblerait qu'il n'y ait que deux protagonistes, le juge et la veuve. Il y en a un troisième : l'adversaire.

La veuve, dans l'Orient ancien, et donc en Israël, est sans doute ce qu'il y a de plus bas dans l'échelle sociale. On considère comme veuve une femme qui bien évidemment n'a pas de mari, mais qui n'a pas non plus d'enfant mâle, ou qui n'a pas de beau-frère, ou qui n'a pas de mâle, d'homme dans son entourage qui puisse la soutenir financièrement. La veuve, c'est la personne qui ne peut dépendre que de Dieu. Bien évidemment les femmes n'ont pas le droit de travailler, en dehors de la prostitution aucun revenu n'est possible.
Cette femme veuve, donc femme abandonnée de tous sinon de Dieu, se voit dans sa vie même remise en question par quelqu'un, un adversaire, qui en veut aux quelques biens qui lui restent, à sa vie même.

Cette femme s'adresse au juge de sa ville, et ce juge n'a peur de rien, même pas de Dieu. On a tendance à penser que ce juge, c'est Dieu. Je ne le crois pas. Ce n'est pas l'explication que Jésus donne de cette parabole. Contrairement au juge, Dieu lui, a un cœur, un amour de père.

Ce juge donc est sans cœur. À la lecture de cette histoire, j'avais presque envie de dire que cet homme est un anarchiste : ni Dieu ni maître, telle est sa devise. Cet homme ne fait acception de personne, il ne fait pas de différence entre les hommes, ni entre les dieux. Pour lui sans doute, la requête de cette femme insignifiante est une requête insignifiante, une requête sans importance, une requête importune.

Associé à ce texte de l'Évangile, on aurait plutôt tendance à lire comme texte de l'Ancien testament un passage du livre de Job, Job celui qui est abandonné de tous, même de Dieu en apparence. Le texte qui a été choisi est un texte totalement différent, c'est ce texte de l'Exode. Ce passage que nous avons lu n'est pas un passage anodin, il suit très immédiatement l'histoire de Massa et Mériba, vous savez, ce moment où le peuple d'Israël, dans le désert, a soif et se plaint contre Dieu, et contre Moïse (le texte hébreu suggère que le peuple grommelle) en disant : pourquoi nous as-tu fait sortir d'Égypte sinon pour nous faire mourir dans le désert ?
Massa et Mériba, c'est le lieu de l'épreuve et de la querelle, selon l'étymologie de ces deux noms.

Et voilà, comme si une épreuve ne suffisait pas, qu'Amaleq, l'adversaire par définition du peuple d'Israël, attaque. Amaleq, c'est vraiment le peuple honni, l'ennemi par excellence. Le midrash, c'est-à-dire le commentaire des textes bibliques, dit que son nom signifie "le peuple des mouches". Le dieu des mouches c'est Belzébuth, le diable en personne. Amaleq est le peuple qui adore l'abomination, c'est le peuple de l'idolâtrie, du paganisme, adorateur de l'insecte buveur de sang et nécrophage.
Il y a une véritable opposition par rapport au peuple d'Israël, qui lui, adore Dieu, qui est conduit dans le désert par Dieu lui-même.

Ne me demandez pas exactement ce qui s'est passé, ce jour là pendant la bataille, ne me demandez pas comment le miracle a pu se faire. Ce texte est tellement bien écrit qu'il donne l'impression que ce n'est pas le combat qui est important. Ou plutôt il semble nous décrire une liturgie, la liturgie du peuple d'Israël. Lorsque Moïse, celui qui incarne la libération de ce peuple, dans un geste de prière, lève les bras vers Dieu, lève les bras vers le ciel, la victoire est entre les mains d'Israël. Mais lorsqu'il baisse les bras, cesse la prière, alors c'est l'échec qui arrive. Autour de Moïse, se trouvent Aaron et Hour qui sont là pour soutenir cette imploration à Dieu. À travers eux, c'est tout le peuple qui est invité à prier Dieu, tout le peuple qui est invité à combattre Amaleq. Ici peut-être, Amaleq représente-t-il tous les fantômes d'Israël, tous les désespoirs, toutes les querelles, toutes les épreuves et les tentations qu'Israël n'arrive pas à surmonter seul sans l'aide de Dieu.

Revenons à notre parabole de Jésus. Les textes qui précèdent ce passage, au chapitre 17, rapportent l'annonce que bientôt vont venir des jours difficiles pour les disciples : "Des jours vont venir où vous désirerez voir ne fut-ce qu'un seul des jours du fils de l'homme. Et vous ne les verrez pas ". Jésus annonce que les choses vont être difficiles pour l'Église. La femme de notre parabole est une image de l'Église. De l'Église confrontée à un adversaire, à un adversaire qui cherche consciemment ou inconsciemment à la détruire. On peut se demander si son pire ennemi cela n'est pas elle-même !

Jésus invite ses disciples, invite son Église, à ne jamais cesser de prier. Non pas (seulement) pour que justice soit faite, Dieu seul rend justice, mais pour ne jamais cesser d'espérer. Il l'invite à prendre exemple sur cette femme pour tenir ferme dans la prière, tenir ferme dans la foi, tenir ferme dans l'espérance qui est donnée par l'Évangile. Cette histoire n'est pas une parabole sur la justice mais une parabole sur la persévérance.

C'est cette exhortation qui nous est faite à nous aussi. Dans les moments qui ne sont pas faciles, les moments où il est tentant de se tourner vers d'autres espérances que celles de la foi, nous sommes invités à l'image de cette veuve à persévérer dans la prière. Et à l'image de Moïse, d'Aaron et de Hour, à persévérer dans la prière communautaire et solidaire. C'est tous ensemble que nous pouvons construire un monde plus juste, approcher du royaume, approcher de cette terre promise qui nous annonce que l'Évangile est à portée de main.
Amen
Jacques Morel Prédications Prédications 2007
Copyright © 2007 - Paroisse Réformée - B.P. 90071 - 57304 HAGONDANGE CEDEX
Téléphone: 03 87 71 41 56 - e-mail: eral.hagondange@wanadoo.fr