
Prédications
Les mages, une histoire de mise en route confiante... Matthieu 2: 1-12
Un vrai conte de Noël, l'histoire que nous venons de lire. Rappelez-vous ! L'évangéliste Marc ne parle pas de la naissance de Jésus. Et pourtant cet Évangile est probablement le plus ancien. Luc parle d'abord de la naissance de Jean Baptiste, puis de celle de Jésus avec des bergers qui se rendent à l'étable de Bethléem. Chez Jean, pas un mot sur la naissance de Jésus Christ. Ici Jésus est montré immédiatement en adulte.
Oui, un vrai conte de Noël que cettte histoire là !
Ils n'étaient pas forcément trois, et si ça se trouve même pas trois.... Ils venaient de Mésopotamie peut-être, d'Iran pourquoi pas?
Astrologues, c'est à voir, quoiqu'en cette saison où fleurissent le "votre horoscope pour 2008", cela ne fait pas très sérieux. Alors, astronomes plutôt. Bref, un groupe de savants passionnés d'étoiles et de découvertes, qui n'hésitent pas à charger le dos de leurs chameaux. Des savants, comprenez bien, qui avaient sûrement des crédits, autrement ils auraient enfilé leurs sandales ou pris des ânes.
On selle les montures, chacun prend des outres d'eau, quelques datte (au cas où on aurait un petit creux) au revoir Yasmine, Niloufar ou Firouzch, et hop ! en route pour suivre cette espèce de drôle d'étoile qui a l'air de vouloir les conduire quelque part.
Qui donc a dit que les sages avaient rassemblé une imposante caravane, gage d'un voyage confortable ? Cela n'est dit nulle part, l'évangéliste ne parle que de savants s'intéressant aux étoiles, des spécialistes des étoiles.
Mais au fait, quand il faisait jour, l'étoile s'éteignait, non ? Alors ils attendaient le soir pour se remettre en route. De toute façon si votre métier c'est de surveiller les étoiles, vous avez l'habitude de travailler la nuit et de dormir pendant la journée. Alors, où est le problème?
Et l'étoile se rallumait effectivement toutes les nuits, elle slalomait au milieu des autres, pressée qu'elle était de conduire hommes et bêtes à destination. Parfois elle était obligée de ralentir un peu sa course parce que les chameaux, eux, croyaient avoir tout leur temps et que souvent ils faisaient mine de s'arrêter près d'un campement pour saluer des congénères à moitié endormis autour d'un petit feu un peu maigrichon.
Les astronomes, d'ordinaire fort bavards ne parlaient pas beaucoup, se demandant s'ils n'étaient pas encore plus fous que ce que l'on disait d'eux au village pour s'être mis en route comme ça, du jour au lendemain pour suivre une comète sans queue qui leur clignait de l'œil tous les soirs.
Qu'ils fussent des savants un peu fous, qu'importe ! Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on peut ranger ces hommes dans la lignée d'un Abraham ou encore de Marie, la mère de Jésus : ces gens à qui s'impose soudain un virage dans la vie, une aventure inattendue, ces gens qui vont de l'avant avec confiance.
Qui plus est, l'histoire des mages-savants est presqu'une histoire sans paroles ; ni Dieu, ni un ange ne les fait se mettre en route, seul peut-être quelque chose de l'ordre de la curiosité, de l'intime conviction ou encore de l'ordre de l'espérance...
Dans l'antiquité les hommes pensaient que les événements importants sur terre, la naissance d'un roi, d'un héros ou d'un personnage illustre, leur étaient annoncés par des changements dans le ciel, des signes de la nature chargés de les en avertir.
Alors cette étoile, subitement apparue dans le ciel, les mages l'ont certainement d'emblée reconnue comme étant extraordinaire et ils ont marché sans hésitation vers l'inattendu qu'elle leur désignait. Une telle étoile ne pouvait annoncer que la naissance d'un roi, à moins que...
Arrivée à destination en Judée : ce ne pouvait donc être que le roi des juifs.
Eh bien non ! Celui vers lequel elle les conduisait était bien plus que le rois juifs, et la grande joie qui les saisit en le voyant nous autorise à penser qu'en Jésus bébé, ils ont vu plus qu'un petit homme.
Histoire sans paroles encore parce qu'une fois arrivés à destination, quand l'étoile s'est enfin fixée dans le ciel au-dessus de l'endroit où se trouve Jésus, on ne sait rien de ce qu'ils ont dit, à lui ou à ses parents. Les bergers eux, ont chanté leur joie mais les mages : on ne sait pas.
Problème de langue peut-être ? Non puisqu'ils avaient bien su se faire comprendre d'Hérode et lui dire ce qu'ils étaient venus chercher. Les images, elles, n'ont pas de problème de langue : on n'adore qu'un Dieu. Les cadeaux des mages et leur grande joie à la vue de l'enfant nous sont autant de preuves muettes que l'on peut aimer sans paroles, reconnaître sans dire mot et croire simplement par le cœur.
Tout cela s'est peut-être finalement passé dans le silence solennel et néanmoins joyeux...
Belle histoire de confiance, de mise en route avec peu de choses pour certitude : c'est sans doute ainsi que nous devrions envisager notre route de vie : avec confiance, même sans certitude, avec espérance, même sans preuve à l'appui. Envisager notre route de vie et, déjà, tout simplement cette année qui s'ouvre sous nos pas.
Comme l'a dit Neil Amstrong, l'un des hommes qui a marché sur la lune : "L'important n'est pas tant que l'homme ait marché sur la lune, l'important est que Dieu ait marché sur la terre".
Dieu parmi nous, révélé à des voyageurs lointains. Dieu désormais au mileu des hoommes et de leurs souffrances. Dieu venu pour les hommes de tous les temps et de toutes les nations. Dieu prêt ce matin encore à faire scintiller pour nous un avenir et changer le cours de nos routes.
Si donc nous parvenons à croire ce serait-ce qu'un tout petit peu de cette histoire là, c'est à dire que pour nous il existe une lumière prète à embraser nos ténèbres, un sens caché à la banalité de nos jours. Croire que dans notre vie il y a un chemin, un but et un sens ; alors peut-être ferons-nous comme les mages : nous nous en retournerons à notre quotidien, certes, mais par un autre chemin, avec un autre regard, avec davantage d'espoir.
C'est ce voyage là que je nous souhaite de faire dès ce matin et toute l'année.
Amen !