Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Peinture de He Qi : Nativity Glory to God  in the Highest

Prédications




Dieu se tient dans l'improbable de la rencontre Matthieu 2/1-12

Il est toujours enrichissant de confronter les textes de l'Évangile qui racontent le même événement, de les confronter en particulier dans leurs différences. Dans les deux évangiles qui nous racontent la naissance de Jésus, les différences sont de taille. Et elles sont significatives. Alors que Luc est grec, donc païen d'origine, médecin, sans doute intellectuel, peut-être même quelqu'un d'aisé, il nous relate que les premiers témoins de la naissance de Jésus, accompagnés par l'orchestre de l'armée des cieux, ont été des bergers de Judée, des Juifs donc et du plus bas de l'échelle sociale.

Quant à Matthieu, lui, c'est un "bon" Juif, son évangile nous le montre, il est constamment à l'affût de tout ce que la Torah enseigne et rappelle. Et voici que cet homme enraciné dans la stricte orthodoxie juive nous présente, comme premiers témoins de la venue de Dieu parmi les hommes, des étrangers païens, venus de loin. Des étrangers venus même d'une terre ennemie, sans doute des babyloniens, des étrangers riches, leurs présents en témoignent ainsi que les relations qu'ils peuvent avoir auprès des autorités du pays. Des païens donc, qui savent reconnaître dans les astres la venue du nouveau roi, d'un prince. Au regard de la Torah l'astrologie n'est pas à proprement parler un moyen "orthodoxe" pour connaître la marche du monde. Bien au contraire la divination y est fermement rejetée. Or dans l'histoire que Matthieu nous rapporte, ce sont ces hérétiques-là qui, avant tous les autres, et en pratiquant des mancies condamnées par la Loi, arrivent à reconnaître la venue de ce roi, de ce Messie, c'est-à-dire celui qui est oint (choisi) de Dieu. Et c'est en se guidant de leur étoile qu'ils sont venus depuis l'Orient.

À y regarder de plus près, dans cette histoire qui nous est présentée par Matthieu, on a l'impression que tout le monde se trompe.
Je ne parlerai pas de Hérode. Hérode, lui, est tellement occupé par son propre pouvoir qu'il n'envisage même pas qu'il pourrait y avoir un éventuel "concurrent" initié par Dieu selon les Écritures. Il est obligé d'ailleurs de faire appel aux scribes, aux savants, aux docteurs de la Loi, pour être éclairé.
Les mages eux-mêmes se trompent. Dans la lecture de leur étoile, c'est un roi qu'ils ont vu naître et c'est tout naturellement à Jérusalem qu'ils partent rechercher ce roi. Ils n'imaginent pas que ce roi ait pu naître ailleurs. Ils vont donc tout naturellement à Jérusalem pour questionner le roi Hérode et pour rendre hommage à l'enfant qui ne peut être que le fils nouveau-né de ce dernier.
Ainsi tout le monde se trompe d'une manière ou d'une autre, parce que chacun ne détient que des informations incomplètes. Et on a l'impression en lisant ce texte de Matthieu, que si les gens n'ont que des informations incomplètes ou semi exactes, c'est parce qu'ils se trompent eux-mêmes sur leurs attentes. Ils se trompent sur l'objet de leur recherche. Ils ne peuvent donc pas lire les événements avec exactitude

Les mages, eux, lisent la venue d'un roi "politique", annoncé par les dieux. Ils cherchent donc quelqu'un de puissant, ils cherchent quelqu'un de royal, et ça n'est pas cela qu'ils vont trouver. Les prêtres et les scribes savent que le Messie doit venir, ils savent même d'où il va venir ; peut-être même ont-ils une petite idée derrière la tête sur "quand il doit venir". Mais quand il arrive, ils sont incapables de le reconnaître, ils sont incapables de le voir tellement il est différent, distant de l'image qu'ils se font du Messie.
Ainsi, chacun est à la recherche de quelque chose qui n'existe pas. Et dans cette recherche, ils sont incapables de découvrir ce que Dieu envoie, incapable de découvrir la venue humaine de Dieu. Ils ont besoin, comme les mages, que Dieu les guide et les éclaire.

Peut-être en est-il encore de même aujourd'hui. Peut-être en est-il de même de tout temps. Martin Luther, dans une prédication de Noël, dit en interpellant son auditoire :

Il t'est impossible de reconnaître Dieu sans dommage ni par ton imagination ni par tes spéculations, sinon en te rendant à la crèche. Si tu suis le chemin inverse, si tu commences par réfléchir à sa divinité, à la manière dont elle gouverne le monde, à la façon dont elle a détruit Sodome et Gomorrhe, si tu cherches à savoir si elle a prédestiné tel ou tel homme, alors tu te casseras aussitôt le cou et tu tomberas du ciel comme l'esprit malin. Mon ami, n'escalade pas le ciel. Va d'abord à Bethléem.

Et sans doute est-ce cela, le message qui nous est donné par l'Évangile de Noël. Et peut-être est-ce là que Luc et Matthieu se rejoignent.
Pour découvrir le Messie, celui que le Seigneur nous envoie, il faut aller à Bethléem, il faut aller à la crèche, il faut aller là où il est improbable de rencontrer Dieu. Nous avons nous aussi toujours tendance à chercher Dieu là où il n'est pas, à le chercher dans nos réflexions, à le chercher dans nos spéculations, à le chercher parfois dans nos rêves, sinon dans les étoiles. Et nous ne voyons pas qu'il est là, présent parmi nous de la manière la plus improbable qui soit parce que de la manière la plus naturelle qui soit. À Noël, c'est un petit enfant, un petit enfant né dans cette fragilité humaine qu'est la naissance. Un petit enfant perdu parmi les autres petits enfants.

N'escalade pas le ciel, va d'abord à Bethléem.

Il nous faut, nous aussi, nous convertir, rejeter ce qui forme nos idées préconçues. C'est ce que vont faire les mages et alors ils vont découvrir cette crèche. Les mages arrivent à la crèche parce qu'ils écoutent Dieu, parce qu'ils suivent son étoile, ou parce qu'ils suivent sa parole, peut-être est-ce la même chose. Et c'est cette Parole qui les conduit vers ce lieu, ce lieu où ils n'auraient pas eu tendance à aller naturellement. Et c'est là qu'ils découvrent ce petit enfant et qu'ils peuvent lui présenter leurs cadeaux. Ces cadeaux qui sont comme autant de prédictions, la richesse (or), la royauté/divité (encens), mais aussi la mort avec la myrrhe.

Aujourd'hui encore Dieu se présente à nous sous des formes que nous avons du mal à imaginer. Il se présente à nous dans la simplicité et la fragilité. Dans la fragilité d'une rencontre. Dans la simplicité du regard d'un autre. Dans la simplicité de l'amitié. Aujourd'hui encore nous sommes invités à témoigner de cette venue du Seigneur parmi nous, parce que cette venue s'adresse à tous.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
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