Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications






Marie, ni déesse inaccessible ni femme ordinaire, mais un exemple pour la foi.
1S 1/24-2/11 Lc 1/39-56

Cette année le 15 août tombe un dimanche et au lieu de poursuivre notre lecture de l'évangile de Luc, -nous aurions dû continuer par le chapitre 12-, le plan de lecture qui est un plan universel, nous invite à nous interroger sur la personne de la vierge Marie. Vous n'êtes pas sans savoir que depuis la Réforme le rôle de la mère de Jésus a été un sujet de tension entre les différentes confessions occidentales, en particulier entre les protestants et les catholiques. Les protestants accusaient les catholiques d'être idolâtres parce qu'ils adoraient la vierge Marie comme si elle était l'équivalent de Dieu, comme si elle était un équivalent féminin de Dieu, Reine du ciel, et Mère céleste. Et il faut bien dire que la piété populaire en a souvent rajouté sur la question, et que dans l'Église catholique, Marie est devenue une figure plus que centrale si cela est possible. Elle est devenue un véritable sujet de vénération.
Les catholiques, eux et non sans raison, reprochaient aux protestants d'abaisser la vierge Marie, -par anticatholicisme primaire il faut bien l'admettre-, et de la mépriser en la ravalant au rang d'une femme quelconque et sans importance, une femme ordinaire perdue au milieu des autres femmes.

Au centre de toutes ces querelles, la question était de savoir ce que les Écritures nous disent. Pour les protestants -et cela était contesté par l'Église catholique-, Jésus n'est que l'aîné d'une famille nombreuse composée de garçons et de filles. Effectivement, les évangiles parlent des frères et des sœurs de Jésus. Et la dispute portait sur la manière dont il faut traduire le terme grec, adelphos de l'Évangile (Luc 8/20 sq.), car éventuellement en "tirant" un peu, ce terme peut aussi signifier "cousin" dans une société qui reconnaît la famille élargie. Alors, Jésus a-t-il eu des frères et des sœurs, ou ceux-ci étaient-ils des cousins ? Les catholiques soupçonnent même les protestants de ne pas croire en la naissance miraculeuse du Christ et par voie de conséquence, d'émettre des doutes quant à la divinité de Jésus.

Aujourd'hui, les positions se sont un peu adoucies et l'heure n'est plus à la dispute. Quoique parfois, poussé par des approches différentes de la foi, on soit encore amené à débattre.

Le texte choisi pour ce dimanche de l'Assomption est le texte que nous lisons traditionnellement dans la période de l'Avent, généralement même le quatrième dimanche de l'Avent juste avant Noël. Il nous raconte la visite de Marie à Élisabeth, sa cousine, et rapporte ce cantique que Marie lance à Dieu. Pour Luc il y a là la confirmation de l'événement extraordinaire dont elle est le sujet.
L'événement de Noël pourrait être considéré comme un événement banal pour les protestants. Effectivement, peu importe la manière dont le Seigneur est né, peu importe si la nature a été bousculée. Là n'est pas la question. La messianité de Jésus le Christ n'est pas fondé sur sa naissance mais sur sa mort et sa résurrection. D'ailleurs le Magnificat ne vante pas une conception et une naissance "miraculeuse" au sens où elles bouleverseraient l'ordre de la nature, mais se réjouit de la grâce et de la miséricorde divine envers les plus petits. Ce Magnificat fait écho au récit que nous avons lu tout à l'heure dans le premier livre de Samuel, le cantique d'Anne qui lui ressemble par certains côtés. On trouve aussi dans le livre de l'Exode, le cantique de Myriam au moment de la sortie d'Égypte, quand le peuple d'Israël a traversé la mer des Roseaux, et où Myriam chante au ciel "il a bousculé chevaux et cavaliers". Et ce Magnificat reprend également un certain nombre de psaumes. D'une certaine façon, le cantique de Marie ne sort pas vraiment de "l'ordinaire biblique".

Oui, le Magnificat est un cantique de louange, le cantique d'une femme qui se tourne vers son Dieu, pour le bénir et pour le remercier de la grâce qui lui a été faite. Marie ne se place pas comme une déesse, elle ne se place pas comme une l'équivalent de Dieu. Bien au contraire, elle se place humblement devant son Dieu, reconnaissant la puissance si particulière de Dieu et la grâce qui lui est faite à elle, reconnaissant aussi la grâce qui est faite à tout le peuple d'Israël, et plus largement encore la grâce qui est faite sans distinction à tous ceux qui se tournent humblement vers Dieu dans la foi et la confiance.
C'est une invitation pour nous tous. Non pas à nous tourner vers Marie pour l'adorer, mais à nous tourner vers Dieu. Et cette invitation, elle la renouvellera en quelque sorte dans cette histoire des noces de Cana, si vous vous souvenez bien. C'est une des rares fois où Marie intervient et parle dans les évangiles. Les disciples se tournent vers elle et lui disent qu'ils n'ont plus de vin, et elle répond en désignant Jésus : "Faites ce qu'il vous dira". Oui, Marie dans cette prière invite à se tourner vers Dieu en toute humilité pour lui faire confiance. Elle invite à reconnaître dans les Écritures tout ce que Dieu a fait pour son peuple et pour chacun de ceux qui placent leur confiance en lui.

Je voudrais à ce stade-là de notre méditation vous inviter à écouter ce que Martin Luther relève dans la lecture du Magnificat. Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, de l'avis de beaucoup de catholiques, il n'y a pas de meilleur commentaire du Magnificat que celui qui a été fait par Luther :
Marie confesse que la première œuvre de Dieu en elle est le regard jeté sur elle ; c'en est aussi la plus grande car toutes les autres sont contenues dans celle-là et découlent d'elle. En effet, là où les choses en viennent au point que Dieu tourne son visage vers quelqu'un pour le regarder, là il n'y a que grâce et félicité et tous les dons et les œuvres suivent nécessairement...
Marie montre qu'elle-même estime cette œuvre comme la plus grande, quand elle dit : "Voici, à cause de ce regard sur moi, toutes les générations me diront bienheureuse".
Note bien ces termes ! Elle ne dit pas qu'on dira beaucoup de bien d'elle, qu'on célébrera sa vertu, qu'on exaltera sa virginité ou son humilité, ni qu'on chantera quelque chanson sur ce qu'elle a fait ; non, c'est seulement à cause du regard que Dieu a jeté sur elle qu'on la dira bienheureuse ; c'est vraiment là rendre honneur à Dieu si purement qu'on ne pourrait le faire plus purement.
Par là, nous devons apprendre quel est le véritable honneur dont nous devons l'honorer. Comment doit-on s'adresser à elle ? Regarde bien les mots du texte biblique ; ils t'apprennent à parler ainsi : "O toi, bienheureuse vierge et "mère de Dieu" comme tu as été rien du tout, insignifiante et méprisée, et pourtant Dieu t'a regardée avec tant de grâce et de richesse et il a accompli en toi de grandes et belles choses !
Oh ! heureuse et bienheureuse es-tu depuis cette heure jusque dans l'éternité, toi qui as trouvé un tel Dieu ".


Ainsi ce "pas grand-chose" du regard de Dieu posé sur Marie ouvre un débat essentiel qu'on pourrait intituler "en quel Dieu est-ce que nous croyons ?"
Est-ce que nous croyons en un Dieu tonitruant, en un Dieu de puissance et de force qui bouscule l'ordre de la nature et qui nous demande d'être fort à l'image des puissants de ce monde ? Et est-ce que nous réduisons les agissements ou les miracles que Dieu fait, à des phénomènes de foire ? C'est bien souvent ce que la foule demande à Jésus, l'homme est enclin à demander des signes extraordinaires pour croire. Ou est-ce que nous croyons en un Dieu autre, un Dieu dont la puissance et la force s'inscrivent dans l'amour et dans la faiblesse, dans l'amour qu'il a pour les hommes dans ce qu'ils ont de plus faibles, au point de donner sa vie pour leur salut ?
Eh bien le Dieu de Marie, c'est ce Dieu-là. C'est ce Dieu qui soutient les faibles et par voie de conséquence, qui laisse les riches à leurs richesses et les puissants à leur puissance. À tel point que dans la théologie de la libération, ce Magnificat a été considéré comme un manifeste en faveur des pauvres contre les riches et les puissants, si bien que dans certaines communautés de bases, on avait qualifié Marie de communiste, on avait considéré ce texte comme un manifeste communiste. C'était bien évidemment pousser un petit peu. Mais pourtant, que dit la prière ? "Il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et il a élevé les humbles ; les affamés, il les a comblés de biens et les riches, il les a renvoyés les mains vides. Il est venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté". Et il faut bien admettre que la "divinisation" de Marie a permis d'éviter une lecture trop subversive du Magnificat.

Ainsi la relation que nous pouvons avoir avec Marie ou vis-à-vis de Marie, doit être médiane. Elle ne doit pas tomber dans les excès quels qu'ils soient, les excès de la piété populaire qui veulent faire de Marie une déesse inaccessible ou ceux qui ne font d'elle "qu'une simple femme". Pour l'Évangile, Marie est celle qui a désigné Jésus comme le Seigneur, celle qui a accepté dès le début, dans la foi, d'écouter et d'entendre ce que Dieu lui demandait, celle qui a accepté aussi la charge qu'il lui a imposée. Elle le dit dans sa prière, Dieu s'est penché sur une humble servante, et à cause de cela, tous les âges me diront bienheureuse. Oui, Marie n'est ni une femme ordinaire ni une femme à vénérer. Elle est l'une de celles qui dans l'histoire du salut nous conduisent dans la foi. Elle est la première chrétienne que l'Évangile nous désigne. À nous de la reconnaître et de nous placer à sa suite.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
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