
Prédications
Tout le programme en un jour Marc 1/29-39
Suite et fin de cette première journée de Jésus à Capharnaüm ; du premier sabbat du ministère de Jésus. Vous vous souvenez, nous en avons lu le début les dimanches précédents. Il y a eu le choix des premiers disciples après la mort de Jean Baptiste, puis la manifestation dans la synagogue de l'autorité de Jésus, principalement contre les démons impurs, ces démons qui s'opposent à la Parole de Dieu.
On devine chez Marc la volonté de marquer une unité de temps, comme si cette journée était une sorte de condensé du ministère de Jésus. On pourrait même y voir une sorte de programme pour l'Église. Tous les événements de cette journée se déroulent entre les deux soirs, et cela a son importance pour la compréhension de ce récit.
Juste en sortant de la synagogue après la guérison de l'homme possédé, - nous sommes donc toujours le jour du sabbat puisque la communauté s'est rassemblée dans la synagogue pour lire et écouter la Parole de Dieu -, Jésus va dans la maison de Simon.
Cette maison est importante dans l'histoire du christianisme, on peut l'identifier comme la première "chapelle" de la communauté chrétienne. Lorsque au début du siècle dernier l'on a fait des recherches archéologiques à Capharnaüm, et qu'on a redécouvert cette ville qui avait disparu, on a mis à jour une église du premier siècle de notre ère. Elle était construite au-dessus d'une maison particulière dont des graffitis, gravés sur les murs de la pièce principale, témoignent qu'une communauté chrétienne se réunissait là pour le culte dès les origines du christianisme.
Donc on est ce premier sabbat, à la sortie de la synagogue. La première communauté chrétienne se réunit en Église dans cette maison. Et voilà qu'un membre éminent de la première communauté, puisqu'il s'agit de la belle-mère de Simon, est couché avec de la fièvre.
Nous sommes dans la continuité du texte précédent avec l'épisode de l'homme possédé. La maladie en effet à l'époque de Jésus, est toujours considérée comme l'œuvre du démon, la maladie est toujours ce qui bouscule, ce qui rompt l'ordre voulu par Dieu. Et donc la maladie ne peut être due qu'à un esprit malin.
Jésus s'approche, il la fait se lever et la fièvre, le démon, l'ayant quitté, elle se met à les servir. On peut sourire puisqu'il s'agit d'une femme et que l'on pourrait penser que cette femme est cantonnée dans le service de la table. Vraisemblablement dans cette histoire, elle représente toute la communauté chrétienne, la communauté qui a besoin de la présence de son Seigneur, besoin de la sympathie et de l'accompagnement, besoin d'être guérie afin que le service puisse être accompli. Et pour bien marquer que cette guérison a eu lieu un jour de sabbat, Marc prend soin d'indiquer qu'elle intervient avant le coucher du soleil.
Dans le monde biblique les jours se comptent du coucher du soleil au coucher du soleil. Le sabbat commence le vendredi soir après le coucher du soleil et se termine le samedi soir après le coucher du soleil.
Les guérisons des malades et des démoniaques opérées sur le pas de la porte, se déroulent donc le jour suivant, le premier jour de la semaine (i.e. le dimanche).
Marc opère une distinction entre ceux qui sont membres de la communauté et ceux qui sont à l'extérieur de la communauté. Et c'est devant la porte de la maison, la porte de l'Église, que Jésus soigne et guérit (verset 34). Dans la logique de Marc ces guérisons se passent le jour suivant, c'est à dire le premier jour de la semaine. Il y a là une préfiguration du royaume (temps après le temps) où tous les peuples bénéficieront de la grâce de Dieu.
On peut supposer que cela a duré toute la nuit. La nuit c'est le moment difficile. Pour le peuple d'Israël la nuit est le moment de toutes les tentations, de tous les dangers. C'est le moment où on peut avoir l'impression que Dieu nous abandonne. Et Jésus est là présent, présent parmi le peuple. Et ça n'est qu'au matin que Jésus se retire (verset 35). Il se retire en secret, il se retire pour lui, il va dans un lieu désert, pour prier loin de tous les regards. Et lorsque les disciples viennent le retrouver, il ne leur dit même pas pourquoi il est parti. Sa prière personnelle est quelque chose qui doit rester dans la confidentialité de sa relation à Dieu.
" Tout le monde te cherche " lui disent les disciples ; et Jésus dit " Allons ailleurs ! " Il ne s'attarde pas. Il reprend la route pour aller proclamer l'Évangile dans toute la contrée.
Il y a donc, si on reprend les événements de l'ensemble de cette journée, une sorte de programme :
Tout d'abord, Jésus proclame la venue du temps nouveau, le
kaïros, le temps de Dieu. Il proclame la présence du royaume, l'approche du royaume de Dieu parmi les hommes. Dieu n'est plus enfermé dans un temple ; ce royaume s'est approché, il est parmi tous. Il est même présent dans cette Galilée qui est un peu brocardée par les Juifs comme étant une terre païenne. Et même là, le royaume de Dieu est approché. Il faut le proclamer partout dans le monde.
Et malgré cet élargissement ou cette sorte de disparition des barrières, c'est le moment du sabbat et Jésus et les disciples entrent dans la synagogue, là où est réuni le peuple d'Israël pour étudier la Parole. L'enseignement de Jésus est difficile à recevoir, il remet trop de choses en question, il bouscule les habitudes et provoque des oppositions parfois violentes. Ensuite Jésus avec ses disciples, va dans la maison de Pierre et d'André, la maison qui représente le lieu de rassemblement de l'Église naissante. Là il se préoccupe de sa communauté, il montre son amour, et il soulage les membres de cette communauté afin que cette communauté puisse vivre. Et ça n'est qu'après que les portes peuvent s'ouvrir et que l'accueil de tous ceux qui viennent auprès de l'Église naissante peuvent recevoir le soulagement et le fruit de l'Évangile.
Il y a dans l'enchaînement de tous ces épisodes, une sorte de cohérence, une logique, un message, un ensemble de mouvements divers qui s'appuient les uns sur les autres, qui se nourrissent mutuellement.
Tout d'abord la proclamation de l'Évangile doit se faire aux quatre vents, elle ne peut pas être enfermée entre des murs. La proclamation de l'Évangile doit se faire partout à l'extérieur ; proclamer l'Évangile c'est annoncer l'amour de Dieu, annoncer l'approche du royaume à ceux qui l'attendent et qui n'en sont pas conscients. À ceux qui sont éparpillés dans le monde.
Mais cette proclamation de l'Évangile doit se poursuivre, s'accompagner d'une étude approfondie de la Parole de Dieu, même si cette étude débouche sur une compréhension nouvelle qui dérange, nous l'avons vu dimanche dernier.
Enfin la communauté ecclésiale doit se retrouver pour reprendre des forces et être "guérie" par le Seigneur. Ce n'est qu'ensuite qu'elle peut s'ouvrir sur le monde et être préfiguration du royaume.
Nous sommes nous aussi confrontés à ces mouvements qui oscillent entre la vie communautaire resserrée et la vie qui se passe sur le seuil, tournée vers l'extérieur. Il nous faut proclamer l'Évangile partout, il nous faut le faire entendre aux gens qui n'ont pas l'habitude de l'entendre, qui ne l'attendent plus ; il nous faut avoir ce courage-là et proclamer au monde que le temps de Dieu est arrivé, qu'il lui faut se convertir, se tourner vers la vie et croire à la Bonne Nouvelle. Et comme du temps de Jésus, cette proclamation doit se nourrir de l'étude de la Parole. C'est ce que nous faisons ensemble lorsque nous lisons et interrogeons l'Évangile. Et il ne faut pas avoir peur d'être bousculés, il ne faut pas avoir peur que les esprits de contestation qui habitent chacun-e d'entre nous et qui nous poussent à contester la Parole, soient chassés par l'autorité de notre seul Seigneur.
Et puis il y a la vie de la communauté. Plus intime. Tous ceux qui sont là dans la maison de Simon Pierre étaient présents aussi à la synagogue. Ils forment seulement une communauté resserrée autour de leur Seigneur. Ils sont...comment dire... le petit noyau de cette communauté qui se rassemble. Et Jésus a une attention tout à fait particulière pour eux. Comme pour nous aussi. Jésus est présent au milieu de nous et il nous soutient. Est-ce que nous sommes capables, comme les disciples et comme ce petit noyau de personnes, de lui présenter nos fièvres, nos maladies ? Est-ce que nous sommes capables nous aussi de nous en remettre à son seul amour pour être guéris, relevés et participer au service de l'Église ?
Jésus nous donne, d'après Marc, encore une autre indication importante : la proclamation (Jésus annonce le
kaïros : le temps est accompli), l'étude de la Parole (la prédication dérangeante de Jésus dans la synagogue), le service des souffrances (les guérisons de toutes sortes), doivent être nourris par une relation personnelle à Dieu. Il faut dans le secret ou l'intimité de notre chambre, dans les lieux secrets, nous tourner vers Dieu par la prière et la méditation personnelle. Ce moment de réflexion solitaire est un moment indispensable, comme il l'a été pour Jésus.
Les théologiens racontent que pour Jésus c'est le moment où il peut reprendre des forces et du courage. Mais c'est aussi le moment où il lui faut lutter contre toutes les tentations, en particulier la tentation d'être fait roi, et d'être proclamé Dieu par les démons. Il a besoin de ce moment de solitude, de ce moment de relation personnelle à Dieu pour prendre toute la mesure des choses.
Pour nous aussi il est nécessaire d'avoir ces moments de réflexion, ces moments de méditation, ces moments de prière, d'étude de la Parole, quelque chose qui soit de l'ordre de la relation intime avec Dieu.
On a donc l'impression qu'il se produit une sorte de cycle, avec des mouvements divers qui s'appuient les uns sur les autres, qui dépendent les uns des autres et se vivifient mutuellement. Ainsi, c'est grâce à ce moment essentiel de relation personnelle à Dieu que Jésus peut repartir vers le monde pour proclamer l'Évangile.
Et d'après ce que nous dit Marc, ce cycle pourrait correspondre à la description de la vie de la communauté chrétienne : proclamation de la Bonne Nouvelle à l'extérieur, étude de la Parole dans les lieux où cela doit se faire, vie communautaire resserrée dans l'intimité du Seigneur, vie de prière personnelle et de relation personnelle avec Dieu afin de reprendre des forces et de recommencer à sortir pour aller proclamer la Parole de Dieu au monde.
Amen