Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Prédications


Ne crains pas, petit troupeau !  Ez.33/10-16 Luc 12/32-48

Ne crains pas, petit troupeau ! Soyez vigilants !
En lisant ces textes, la première idée qui nous passe par la tête est la devise du scoutisme : "Sois toujours prêt !" Même le devoir de la B.A., de la bonne action, y est. Et c'est bien de cela que nous parle Luc dans ce passage : Veillez, car vous ne savez pas quand le Seigneur vous rappellera, quand viendra votre heure

Il est étonnant de voir comment ce texte avec le temps a pris une connotation morale : être prêt, c'est bien évidemment être sans péché. Pensez à peu à la parabole des dix vierges, les sages et les folles : les sages sont montrées comme des modèles de vertu et les folles sont presque des femmes de mauvaise vie. Être prêt, en religion, c'est être un saint.
Je ne pense pas que cette idée soit très biblique, et encore moins réaliste. L'utilisation morale faite de ce texte de l'évangile de Luc peut devenir perverse quand elle incite à la soumission à l'ordre du monde dans la perspective d'un paradis à venir, et à éviter de lutter contre l'injustice sociale parce que la récompense sera grande lors du retour du Maître. C'est tout autre chose que nous raconte ce passage.

En fait ce texte est la suite de celui que nous avons lu dimanche dernier. Il est la suite de cette histoire de cet homme qui avait les yeux plus gros que le ventre, qui s'est enrichi et qui n'a pas pu profiter de sa richesse.

Si nous prenons le texte d'Ézéchiel, nous lisons que le juste et le méchant sont mis sur un pied d'égalité devant Dieu. S'ils pratiquent la justice, ils sont sauvés. Sinon, ils sont perdus. Il n'est accordé ni de circonstance atténuante, ni de circonstance aggravante. Comme si tout se jouait à chaque instant. Il y a un paradoxe dans ce passage, qui réside dans le fait qu'il n'y a pas de terme, de limite dans les menaces de Dieu. Le drame se joue en permanence. La frontière entre le salut et la perdition est perméable, elle peut se franchir en permanence dans un sens comme dans l'autre. Et en fait, on ne peut jamais vraiment savoir de quel côté de la barrière on se trouve.

Angoisse, alors, pour qui vit cela.

Et c'est sans doute à cause de cette angoisse que les hommes se sont ingéniés à mettre en place des règles, des règles permettant de clarifier cette situation. Mais l'expérience le montre, il n'y a rien à faire. Bien sûr, si on savait le jour et l'heure, il serait aisé de se préparer en temps opportun et d'en profiter avant. Il est certain que l'homme riche de la semaine dernière, s'il avait su d'avance qu'il allait passer devant le tribunal de Dieu, aurait essayé de se racheter une bonne conscience, de se racheter sa vie. Et l'on peut penser que tous ces gens qui dépensent des millions pour du mécénat ou faire de l'aide humanitaire, essayent d'une certaine manière de se racheter une bonne conscience. Mais imaginez un monde s'il n'y avait pas cette incertitude de la mort ! Imaginez un monde où les gens comme Pinochet, Milosevic, Hitler, connaîtraient le terme de leur vie et pourraient se racheter avant l'issue fatale !
En fait dans ce texte d'Ézéchiel comme dans celui de Luc, c'est l'incertitude qui fait la différence. Dans un sens, comme dans l'autre.

Mail il y a ce verset 32 de Luc 12 : "Ne crains pas, petit troupeau.". C'est la parole que Jésus dit à ses disciples. Ne crains pas... Tout se joue dans cette exhortation. Ne crains pas car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume. Il ne dit pas "Vous aurez le royaume, si... si... si... et si..." Il dit : "Vous avez le royaume !"
En fait ce petit verset est la clé de notre récit, du récit de la semaine dernière et de celui d'aujourd'hui.

Il nous explique que d'une certaine manière, notre volonté à engranger,
engranger de la richesse,
engranger du pouvoir,
engranger, accumuler dans des réserves,
cette volonté à amasser donc, révèle une angoisse.
Une angoisse de manquer, une angoisse du vide.
L'Évangile nous dit : Ne craignez pas, n'ayez pas peur, ce vide n'existe pas ! Dieu a trouvé bon de vous donner le royaume.

Dans le passage qui précède notre texte du jour, Jésus rappelle aux disciples que Dieu pourvoit à toute chose. Les corbeaux ne sèment ni ne moissonnent, ils n'ont ni celliers ni greniers. Qui peut par son inquiétude prolonger son existence ? Observez les lis : ils ne filent ni ne tissent ; Salomon même dans sa gloire n'a jamais été vêtu comme l'un d'entre eux.

En fait, "Restez vigilants, toujours prêts, restez en tenue de travail" n'est rien d'autre qu'un appel à la conversion, un appel à la confiance.

Cet homme qui se met à boire et qui bat ses collègues est un homme qui n'a plus d'espérance, qui ne sait pas quand le maître va revenir, c'est un homme qui a perdu son avenir, et d'une certaine manière, il est déjà mort, déjà rejeté.
Rester en tenue de travail, c'est découvrir, découvrir qu'il n'y a rien à craindre car tout nous est déjà donné. Rester en tenue de travail, c'est pouvoir se tourner vers les autres avec solidarité car on sait que le royaume, le monde nous est donné par Dieu. Et s'il nous est donné, il est donné aussi à tous les autres, tous ceux qui nous entourent. Nous n'avons pas besoin de courir pour amasser, il suffit simplement, ensemble, de profiter. Le royaume, c'est ce que possède le roi, c'est son domaine, c'est là où travaillent les serviteurs du maître. Le royaume, c'est notre monde.

Ce que demande le Maître, c'est simplement de profiter de ce royaume, de profiter de ce domaine dont il nous a fait les gérants, les usufruitiers. Dans ce royaume, il se passe cette chose extraordinaire : les rôles, les hiérarchies peuvent s'inverser ; les maîtres se mettent à servir les serviteurs, comme si c'était une sorte de monde à l'envers. L'Évangile nous apprend qu'il y a une opposition entre les valeurs de ce monde, où il faut toujours plus, gagner plus, travailler pour gagner plus, où il faut amasser, amasser, et montrer que l'on a construit des greniers.
Alors qu'il nous suffit de profiter, ensemble, tous ensemble, de ce que le Seigneur dans sa grâce a donné à tout le monde.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2007
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