Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Ireland : Jésus marchant sur les eaux
Prédications






La loi n'est pas à suivre aveuglément.   Deutéronome 4/1-8, Mt 15/1-20

C'est un vrai coup de gueule que Jésus pousse ici. Peut-être est-ce pour cela que ce passage biblique passe à la trappe dans le cycle de nos lectures. C'est véritablement un coup de gueule, et on le sent bien dans la réponse que Jésus fait à Pierre : " Êtes-vous encore vous aussi sans intelligence ? " Il est énervé par ce qui se passe.

Des scribes et des pharisiens viennent de Jérusalem pour mettre en cause sa prédication, mettre en cause le message qu'il donne. Ce n'est pas n'importe quoi ! Voici des gens qui viennent de la Capitale, l'endroit qui est par excellence la référence en matière d'interprétation des Écritures, pour confondre Jésus.
Et pour le piéger, ils utilisent un moyen spécieux ; face à la foule et aux auditeurs de Jésus, ils mettent en cause, en doute l'application de la loi par Jésus.
D'une certaine manière lui disent-ils, tu as beau prêcher la loi de Moïse, et sans doute tu le fais bien, mais tu ne vis pas ce que tu prêches. Ta manière de vivre n'est pas conforme à la loi que tu annonces, toi qui te prétends rabbin. Car tes disciples ne se lavent pas les mains avant de manger, ils ne respectent pas les lois et les commandements de notre tradition.

Tout ceci est particulièrement retors parce qu'il y a dans cette accusation un mélange rusé des commandements. Lorsque les scribes et les pharisiens parlent de tradition, ils ne parlent pas seulement de la loi de Moïse. En fait dans la tradition juive, il y a deux lois, la Torah écrite et la Torah orale. La Torah écrite, c'est celle que nous pouvons lire dans le Pentateuque, dans les cinq Livres de Moïse. Et la Torah orale, c'est tout ce qu'il y a autour, tout ce qui s'y est rajouté et qui consiste plutôt en une interprétation de la loi écrite. Et cette dernière ne fait pas l'unanimité quant à sa légitimité. Elle était même sujet d'opposition entre les différents partis religieux de l'époque.
Vous pouvez fouiller les Livres du Deutéronome, du Lévitique, ils ne comportent aucune obligation de se laver les mains avant de manger. Cela ne signifie pas que cette tradition, que cette règle soit une mauvaise règle ou une mauvaise tradition. Nous le savons encore, il faut se laver les mains avant de manger ne serait-ce par mesure d'hygiène.
Mais derrière cette règle de la "tradition" il y a bien autre chose. Se laver les mains, faire ses ablutions avant le repas, est une manière de se tourner vers Dieu et de reconnaître que ce que je vais manger ne vient pas de moi et que je le dois à Dieu, c'est un don, c'est une grâce qui m'est faite.
Mais voilà ! On le sait bien, c'est vrai dans toutes les sociétés et dans toutes les traditions, les règles finissent souvent par perdre leur sens pour devenir des règles absolues en elles-mêmes. Ce qui malheureusement devient pleinement essentiel, c'est le respect rigoureux de la règle et non plus le sens qu'elle véhicule.

Alors Jésus se fâche. Il répond du tac au tac en pointant du doigt l'injustice des scribes et des pharisiens et l'opposition qu'il peut y avoir entre la Torah et la loi orale. Et pour mettre en évidence cette injustice, il évoque la règle courante du corban telle qu'elle est appliquée sous l'autorité des pharisiens. Il est de tradition effectivement que ce qui est corban, c'est-à-dire un don sacré fait pour le temple, ne peut pas être en aucune manière utilisé pour autre chose que pour le culte rendu à Dieu. Et ainsi on peut faire des donations au temple, de façon à permettre que le culte soit célébré. Et selon la tradition, cet argent ne peut plus être retiré pour servir à autre chose qu'au culte.
Ainsi Jésus pointe du doigt une des perversités de la loi orale : celui qui donne pour le temple se dépouille de ce qui aurait pu être utile pour soutenir celui qui est dans le besoin, et en particulier pour soutenir les parents avancés en âge, qui ne peuvent plus subvenir eux-mêmes à leurs propres besoins ; il n'existait pas à l'époque de pension de retraite, c'était les enfants qui pourvoyaient à cela.
Alors Jésus accuse les scribes et les pharisiens d'utiliser la tradition pour annuler la loi de Moïse : " mais vous, vous dites : celui qui dira à son père ou à sa mère : ce que j'aurai pu te donner pour t'assister est une offrande sacré, celui-là n'a plus à honorer son père ou sa mère ". Il dénonce une contradiction, une absurdité même puisque d'une certaine manière le culte rendu à Dieu sert de prétexte pour ne plus vivre la charité envers les autres, ce que déjà le prophète Ésaïe a fait en son temps : " Hypocrites ! Ce peuple m'honore des lèvres mais son cœur est très loin de moi ".

Ainsi Jésus a retourné l'accusation que lui avaient lancée les scribes et les pharisiens : Vous m'accusez de ne pas vivre la loi en transgressant la tradition. Mais vous, vous utilisez la tradition pour transgresser la loi. Se laver ou ne pas se laver les mains, cela concerne la tradition orale. C'est quelque chose qui n'a pas l'importance de la loi. Mais vous, vous transgressez ce qui est cœur même des commandements de Dieu, vous méprisez l'amour du prochain et la grâce rendue.

C'est devant la foule que les scribes et les pharisiens ont décidé de mettre Jésus en défaut, aussi, c'est vers elle que Jésus se tourne pour expliquer : " Écoutez et comprenez. Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l'homme impur (qui souille l'être humain) ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l'homme impur (ce qui souille l'être humain) ". Ça n'est pas la transgression de certaines règles qui peut aux yeux de Dieu faire de l'homme un pécheur, mais ce sont les sentiments, c'est ce qu'il y a au fond de nous-mêmes qui peut pervertir l'homme.

Il n'en dira pas plus.
Les disciples, pour quelles raisons je ne sais pas trop, viennent lui dire : "Sais-tu qu'en entendant cette parole, les pharisiens ont été scandalisés ?" On sait que Jésus était un pharisien ; vraisemblablement parmi ses disciples il y avait des hommes proches des pharisiens, à plusieurs reprises nous voyons que beaucoup de pharisiens étaient proches de Jésus. Peut-être les disciples ont-ils peur que Jésus se coupe d'une de ses bases les plus sûres. Les pharisiens sont des personnes qui très sincèrement souhaitent, cherchent à appliquer, à accomplir la loi de Dieu dans toute sa rigueur, dans toute sa profondeur. Il aspirent à une profonde réforme de la société de leur temps et espèrent sans doute que Jésus va accomplir cette réforme.

Mais là Jésus vraiment est en colère. "Tout plant qui n'a pas été planté par mon père céleste sera déraciné ". Il faut se détourner même des pharisiens, même de ceux qui nous aiment, ceux qui nous suivent, s'ils ne font pas la volonté du père céleste. Ils sont rejetés. Laissez-les, laissez ces gens de Jérusalem qui croient pouvoir guider le peuple et qui finalement ne comprennent rien à rien et qui ne sont que des aveugles qui guident des aveugles.
Cette parole s'adresse aussi à la foule. Car c'est la foule qui cherche à être guidée par des maîtres et qui trop souvent suit des maîtres aveugles.

Vient alors l'explication de la parabole, de l'image utilisée : " Ça n'est pas ce qui rentre par la bouche, mais ce qui sort..."
Ne comprenez-vous pas ? Ce qui entre dans la bouche, ce qui est de l'ordre du matériel, la nourriture, est destinée, après avoir fait son travail dans le corps humain, à être rejeté dans la fosse. Il fait ici une distinction entre le respect des règles, des règles d'ordre matériel, des règles d'ordre social, des règles qui concernent la vie de tous les jours, et il y en a beaucoup dans la Torah, et le commandement primordial de l'amour du prochain.
On sait qu'il y a des conflits entre Jésus et les pharisiens, en particulier en ce qui concerne la guérison le jour du sabbat. Jésus parfois transgresse cette règle et il le fait sciemment, en sachant très bien qu'il faut honorer le jour du sabbat, que c'est le repos du Seigneur, et qu'il faut ce jour là ne faire aucun travail. Il le sait parfaitement. Mais il sait aussi qu'aux yeux de Dieu, le service du prochain est bien plus important que le respect d'une règle.

Ainsi il fait la part des choses, il fait la part entre ce qui est nécessaire, nécessaire à notre vie matérielle, notre vie de tous les jours, les règles qui permettent aux femmes et aux hommes de vivre en bonne harmonie dans une société apaisée. Et ce qui au plus profond concerne la vie même de l'homme dans sa relation à Dieu et aux autres. Jésus affirme que ce qui pervertit cette relation ça n'est pas le non respect des règles matérielles en tant que telles, mais c'est la manière dont au fond du cœur de chacun naissent la suspicion, le désir de dominer les autres, le désir de s'enrichir. C'est du cœur que viennent, dit l'Évangile, les raisonnements mauvais, les calculs, les meurtres, l'adultère, toutes les inconduites, le vol, les faux témoignages. C'est à l'intérieur de chaque homme que des choses méchantes prennent naissance. Et le respect des règles ne peut rien faire pour changer cela. Se laver les mains, accomplir tous les rituels, les sacrifices, les cultes, cela ne sert à rien. Il faut qu'il y ait un véritable changement à l'intérieur de soi-même. Ainsi, et je pense que les disciples auront du mal à comprendre cela, Jésus ne rejette pas la Loi, il ne rejette pas la tradition, mais il opère une mise en perspective, il remet les choses à leur juste place. L'application de la loi et de la tradition ne sert à rien s'il n'y a pas de véritable conversion du cœur, s'il n'y a pas par la foi conscience que Dieu fait grâce ; s'il n'y a pas par la foi conscience que Dieu veut que notre cœur change, que nous ayons une vie apaisée.
Apaisée, cela veut dire qui ne soit pas constamment en conflit avec soi-même ou avec les autres.

Le texte que nous aurions dû lire aujourd'hui, c'est le texte qui donne la confession de foi des Apôtres. Et nous avons vu fin juin que les Apôtres, s'ils confessent en Jésus Christ le fils de Dieu, le messie, ils n'arrivent pas à comprendre tout ce que cela veut dire. Ils n'arrivent pas à comprendre que Jésus est venu pour autre chose que pour le simple rétablissement de l'application la loi de Dieu, ou le rétablissement du peuple d'Israël dans sa pureté et sa perfection. Ils en restent toujours à l'extérieur et au physique.

Nous aussi, nous aussi nous avons tendance à nous accrocher, à nous accrocher à l'extérieur, à l'apparent ; à nous accrocher aux régles ; les règles sont nécessaires, les règles sont des cannes qui nous permettent d'avancer dans la société sans trébucher et il ne faudrait pas les supprimer. Mais ces règles ne sont pas tout. Elles ne sont que nourriture terrestre destinée aux latrines si nous ne sommes pas capables de changer notre cœur par la foi en Jésus Christ.

Matthieu écrit son Évangile plus de quarante ans après les événements qu'il rapporte. Il s'adresse à une communauté qui peu à peu s'inscrit dans la durée et "s'institutionnalise". Et il est probable qu'avec le temps, le respect des forme a pris le dessus sur l'esprit de l'Évangile. On peut penser que Matthieu adresse une mise en garde à l'Église. À ses dirigeants tout d'abord pour qu'ils soient attentifs en premier lieu à la volonté de Dieu plutôt qu'à l'application aveugle de règles qui trop souvent ne servent qu'à asseoir leur pouvoir sur le peuple. Au peuple aussi, pour qu'il prenne garde à ne pas devenir des aveugles conduit par des aveugles.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2008
Copyright © 2007 - Paroisse Réformée - B.P. 90071 - 57304 HAGONDANGE CEDEX
Téléphone: 03 87 71 41 56 - e-mail: eral.hagondange@wanadoo.fr