Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Corinne Vonaesch : Méditation 3
Prédications







Jésus ne veut pas que l'on se trompe sur sa personne  Matthieu 16: 13-19

" Alors il commanda sévèrement aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ. "
On peut s'étonner de cette recommandation de Jésus à ses disciples qui parcourent les villes et les campagnes pour proclamer l'Évangile ; pour proclamer l'amour de Dieu qui s'est manifesté en lui pour tous les hommes. On peut s'étonner de cette recommandation, de cette interdiction de témoigner que Jésus est le messie.

Pour comprendre la raison de cette interdiction, il nous faut avancer un petit peu dans le texte, juste deux trois versets plus loin (v.23 et suivants) :

" A partir de ce moment-là, Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait s'en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres, des scribes, qu'il lui fallait être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter. Alors Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander en disant : À Dieu ne plaise, Seigneur, non ! Cela ne peut pas t'arriver. Mais Jésus se retournant, dit à Pierre : Arrière de moi Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ".

Ainsi Pierre, celui des disciples qui a fait la confession de foi que Jésus attendait, est-il celui qui l'instant d'après, n'accepte pas toutes les conséquences de cette confession de foi, il n'accepte pas tout ce qu'implique le fait que Jésus soit le sauveur et le messie.

Après ce petit détour, nous pouvons reprendre notre texte de départ.

Dans la première partie, quand Jésus demande aux disciples : " Au dire des hommes, qui est le fils de l'homme? ", les disciples rapportent plusieurs réponses à la question ; plusieurs possibilités, plusieurs rumeurs. Tour à tour au dire des hommes, Jésus serait Jean le Baptiste, ou Élie, ou Jérémie, ou d'autres prophètes. Et chacune de ces identifications a sa propre signification.
On sait que dans l'Ancien testament, les prophètes sont ceux qui ont proclamé la parole de Dieu envers et contre tout, ceux qui ont cherché à détourner le peuple des mauvaises voies dans lesquelles il s'engageait. Jérémie, lui, est le prophète qui est allé jusqu'au bout de sa mission, qui a accepté (nous l'avons vu la semaine dernière) la prison, l'humiliation, la persécution à cause de cette proclamation de la parole de Dieu.
Il en est de même pour Jean le Baptiste que l'Église considère comme le dernier prophète.
Et Élie est le prophète, le prophète avec un " grand P ". Il est celui qui a proclamé le rétablissement d'Israël, il est aussi celui qui s'est battu jusqu'au bout à cause de son Dieu ; celui, nous dit l'Écriture, qui n'a pas connu la mort, qui est porté directement au ciel sur un char de feu ; et à l'époque de Jésus, on attendait son retour, on attendait qu'Élie revienne pour annoncer la venue du messie.

Ainsi derrière chacune de ces confessions de foi, il y a une attente, une attente particulière. Pour les uns, Jésus est un prophète qui doit rétablir la foi en Israël, rétablir la justice, restaurer la paix. Pour d'autres encore, il est un prophète politique, il doit annoncer la fin de l'occupation romaine, la fin de la persécution pour le peuple d'Israël, rétablir le règne de Dieu en Israël et la purification de Jérusalem.

Simon Pierre, les disciples et les chrétiens à leur suite, lorsqu'ils confessent que Jésus Christ est celui qui est annoncé par les prophètes, qu'il est lui-même le messie, ont sans doute dans leur tête, des images semblables.

Sans doute attendent-ils que Jésus vienne rétablir le grand Israël, qu'il vienne rétablir le culte au temple, diriger le peuple. Et la réaction de Pierre lorsque Jésus annonce plus tard qu'il va mourir est symptomatique de cela. Pierre ne peut pas accepter que le Messie, le fils de Dieu, puisse mourir ; il ne peut pas accepter qu'il puisse mourir de cette manière tellement infâmante, la mort sur la croix.

Pourquoi Jésus interdit-il aux disciples de dire qu'il est le Christ ?
L'explication se tient ici. Dans ce terrible décalage entre les attentes humaines et une réalité qui ne comblera pas ces attentes.
Jésus ne veut pas que l'on se trompe sur sa personne. Oui, il est le messie. Oui, il est le fils de Dieu. Mais il ne l'est pas comme les hommes l'attendent. Il ne vient pas dans la toute puissance d'un Dieu lointain qui viendrait bouleverser le monde pour rétablir une justice divine. Jésus, Christ, fils de Dieu, vient témoigner de l'amour de Dieu pour tous les hommes. Il vient accompagner celles et ceux qui souffrent. Jésus, fils de Dieu, vient dire à quel point nous sommes aimés de Dieu, tels que nous sommes, avec nos faiblesses, dans nos joies et dans nos souffrances.

C'est cela le sens du baptême. Le baptême nous associe à la mort du Christ. Il nous associe à cette solidarité de Dieu pour tous les hommes, une solidarité qui accepte tout, même la souffrance. Et c'est pour cela que Dieu nous libère. Non pas pour être extraordinaire. Il ne nous demande pas de changer notre vie pour devenir des surhommes. Il nous demande simplement d'accepter cet amour, cet amour qui nous est donné. Et de le partager avec les autres.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2008
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