
Prédications
Disciples en chemin avec Jésus Marc 8/27-35
Sondage au sein de la communauté des disciples : Jésus demande à ses disciples de lui rapporter ce que l'on dit de lui, et les réponses sont multiples :
"Tu es Jean Baptiste, pour certains. Tu es Élie, pour d'autres. Pour d'autres encore, tu es l'un des prophètes. "
Chacune de ces réponses données par les personnes est le reflet de l'image que celles-ci se font de Jésus. On remarquera que dans ces réponses, les disciples n'en rapportent pas qui présente Jésus comme un grand magicien, un grand guérisseur. Toutes ont trait à la foi d'Israël, et chacune a une connotation particulière.
Jean Baptiste, est celui qui s'est opposé au roi Hérode, celui qui a osé contester sa conduite et qui a été mis à mort, par vengeance, par ce même Hérode. Il est aussi pour les chrétiens le dernier prophète de l'Ancien Testament et le premier du Nouveau. Celui qui marque le passage de l'un à l'autre.
Élie, c'est celui qui a combattu et vaincu les prophètes de Baal. Pour cela, il a dû fuir la persécution du roi Achab et de la reine Jézabel. Dans la pensée juive, il doit revenir pour annoncer la fin des temps, comme précurseur du Messie.
D'autres encore font référence aux prophètes d'Israël, tous ces prophètes qui se sont levés à la parole de Dieu pour appeler le peuple d'Israël vers des pratiques plus justes de sa foi, pour rétablir la vraie foi en Israël, rétablissement qui seul peut permettre le retour du Messie.
Ainsi dans sa manière de voir Jésus, chacun transpose ses propres espérances.
Si l'on réalisait ce même sondage aujourd'hui, nous serions vraisemblablement surpris de constater le nombre de personnes incapables de situer Jésus, voire de l'associer à la foi chrétienne, tant dans notre société l'Évangile n'est plus au centre de la vie. Et si l'on faisait un sondage, même au sein de nos communautés, nous verrions apparaître de multiples facettes, Jésus celui qui nous guide, Jésus celui qui nous guérit, vers qui on se tourne, Jésus celui qui est intermédiaire entre l'homme et Dieu, et qui transmet nos prières.
Il en est même qui proclament que Jésus est le Messie. Mais pour quoi faire ? Dans quelles perspectives ? Bien souvent pour imposer à la crédulité de leurs victimes le culte de leur propre personne et ainsi égarer le monde.
Jésus interpelle les disciples, ses fidèles, ceux qui l'accompagnent. Il dit "Qui dites-vous que je suis ?" C'est Pierre qui répond. Il répond comme le porte-parole des disciples, on va dire comme le porte-parole de l'Église naissante : " Tu es le Messie. "
Lorsque Pierre affirme cela, sans doute comme l'ensemble des disciples, il pense être le témoin privilégié de la fin des temps, le témoin privilégié du rétablissement du royaume de Dieu sur la terre. Il pense qu'ils sont, lui et les autres disciples, les porte-parole, et peut-être même les ministres d'un royaume nouveau dont Jésus, le Messie, serait le roi.
Jésus ne leur demande pas d'approfondir leur point de vue, il ne leur demande pas pourquoi ni comment ils confessent sa messianité. Il leur ordonne simplement de n'en parler à personne. Il sait que la confession du Messie est quelque chose d'extrêmement sensible en Israël, surtout à cette époque où Israël attend son rétablissement dans le monde, le rétablissement du culte véritable, le départ de l'envahisseur romain, où l'on attend aussi que toutes les idoles soient mises à terre afin que tous enfin se prosternent devant le seul vrai Dieu. Il est vraisemblable que la plupart des personnes attendent la venue du Messie comme celle d'un grand chef de guerre, un roi qui par une autorité et une puissance divine permettra la purification d'Israël de toutes ses fautes, de tous ses égarements et qui par des combats victorieux contre le mal chassera d'Israël tous ceux qui n'ont rien à y faire.
Jésus sait cela, il connaît ses contemporains. Peut-être a-t-il été lui-même élevé dans cette vision de grandes batailles et de victoires spectaculaires. Mais il sait aussi comment les choses se passent dans le monde. Il sait comment Élie a terminé. Il sait comment Jean Baptiste a terminé. Il connaît aussi les difficultés qu'ont rencontrées tous les prophètes. Chaque fois que la parole de Dieu a été annoncée, elle a été combattue fortement et les porteurs de cette parole bien souvent ont été d'une manière ou d'une autre, éliminés. Sans doute se doute-t-il que pour lui aussi il n'en sera pas autrement. Il sait que le royaume de Dieu ne s'établira pas par un exploit militaire, il ne s'établira pas par un cataclysme qui d'un coup changera l'ordre des choses. Il sait que Dieu n'utilise pas ce genre de procédé. Aussi, s'attend-t-il à connaître le même sort que l'ensemble des prophètes de l'Ancien testament. Il sait que la mort l'attend au bout du chemin. C'est ce qu'il annonce à ses disciples. Sa messianité n'empêchera pas les autorités de ce monde de le supprimer.
Pierre ne supporte pas cette réalité qui lui est renvoyée. Sans doute est-il là aussi le porte-parole des autres disciples. Il ne supporte pas, alors que l'Évangile est annoncé avec tant d'autorité, alors que la puissance de Dieu se manifeste tellement en Jésus, il ne supporte pas que cela puisse se terminer par la mort, par la disparition. Jésus se tourne alors, regarde ses disciples et renvoie sévèrement Pierre : Satan, dit-il, va-t-en loin de moi, tu es le tentateur.
La tentation, c'est de vouloir que soit imposé son point de vue par la force, c'est de vouloir que soit utilisée la puissance, c'est de vouloir aller au-delà de la simple persuasion et "contraindre" les gens à la conversion. Jésus sait que les hommes ont tendance à vouloir nier la liberté d'autrui. Il sait que les hommes préfèrent contraindre. Il en est ainsi de tous les temps.
Aujourd'hui encore, certains de ceux qui se croient être les porteurs de l'Évangile, bien souvent tentent d'imposer cet Évangile par la force plus que par la persuasion. Avec les mêmes arguments que ceux utilisés à l'époque de Jésus. Il faut purifier le monde afin de le préparer au retour du Messie.
Jésus a lui aussi été tenté d'imposer son point de vue, nous l'avons vu au début de son ministère, dans le récit de la tentation, et dans les passages qui précèdent. Il est dur pour lui aussi d'être confronté à celles et ceux qui le contestent, qui contestent sa parole, qui contestent, d'une certaine manière, sa messianité.
Jésus appelle la foule, avec les disciples. Son discours ne s'adresse plus simplement à ceux qui l'entourent et qui le suivent au quotidien, mais à tous ceux à qui l'Évangile doit être annoncé. Si quelqu'un veut devenir son disciple, veut venir à sa suite, alors qu'il cesse de penser à lui-même, qu'il rejette ses illusions de puissance, ses illusions de force, pour accepter que la parole de Dieu fasse un chemin, un chemin secret, un chemin difficile, un chemin fait de ronces et d'épines, d'oppositions. Qu'il porte sa croix et le suive. Le disciple n'est pas plus fort que le maître et il ne peut pas s'attendre à avoir un meilleur résultat pour lui-même que celui que le maître a obtenu. Jésus promet ici à ceux qui le suivent rien d'autre que le martyr, ce qui signifie en grec témoignage.
En nous interpellant avec les disciples sur ce que nous croyons, sur nos points de vue concernant le Messie, Jésus nous appelle à regarder nos désirs pour les relativiser. Il nous appelle à abandonner nos volontés de puissance pour ne servir qu'une seule chose : l'annonce de l'Évangile (martyr); l'annonce d'un Évangile qui s'adresse à tous, d'un Évangile qui appelle tout le monde à la liberté et qui donc ne peut pas s'imposer, qui appelle à marcher debout. En sachant bien que le monde auquel cette parole s'adresse est un monde qui justement n'a pas forcément envie de marcher debout. En sachant aussi que dans ce monde il y a des hommes et des femmes qui veulent dominer les autres.
"Celui qui veut sauver sa vie la perdra".
D'une certaine manière Jésus dit à ses disciples, et il nous dit : en cherchant à imposer votre point de vue, c'est votre vie même que vous perdez. La vie que Dieu vous donne, la vie à laquelle il nous appelle pour l'annonce de sa parole, est une vie qui ne s'impose pas, c'est une vie qui se reçoit, qui se reçoit individuellement, chacun-e, en nous tournant vers celui qui nous sauve, et en acceptant d'avancer dans le monde avec, malgré, la faiblesse qui est la nôtre, pour laisser seule la parole agir.
Amen !