Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications





C'est pas l'homme qui prend le Royaume, c'est le Royaume qui prend l'homme... Matthieu 13,44-52

Nous avons tous dans un coin de notre tête, une représentation du royaume de Dieu, qui correspond pour certains à une image du paradis. Ce royaume, nous essayons de nous l'imaginer et nous le plaçons dans le temps et dans l'espace. Cela n'est pas nouveau, on connaît toutes les histoires que l'Église aussi a intégrées et a développées sur cette question-là.

Et pourtant l'Évangile ne nous présente jamais précisément le royaume de Dieu. Le royaume de Dieu est comparable à beaucoup de choses, mais relisez bien les évangiles, vous verrez que jamais il n'est défini comme un lieu ; vous verrez que jamais il n'est défini comme un espace géographique, voire même comme un espace théologique. Le royaume des cieux est comparé à toutes sortes de choses un peu bizarres ou plutôt que nous ne penserions pas associer au Royaume. Voyez dans les textes que nous avons lus. Le royaume des cieux est semblable à un trésor sur lequel on peut tomber de manière totalement fortuite. Que faisait cet homme dans le champ ? Il n'en n'est pas le propriétaire dans cette histoire. Est-il un fermier ? Est-il un simple ouvrier agricole ? Pourquoi creuse-t-il à cet endroit-là ?
Et voilà qu'il découvre un trésor, qu'il le cache à nouveau, et qu'il vend tout ce qu'il a pour acheter le champ dans lequel est caché le trésor.
Première image qui nous est donnée ce matin sur le royaume des cieux. Un trésor découvert par un homme moyennement honnête.

Et voici la deuxième image qui suit directement la première, c'est la parabole dite de la perle. Le titre nous induit en erreur. Bien sûr notre cheminement normal nous conduit à penser que le royaume des cieux, c'est cette perle, de la même façon que le royaume était le trésor dans la parabole précédente. Eh bien non ! Le deuxième élément de la comparaison du royaume des cieux, c'est un marchand. C'est celui qui parcourt le monde à la recherche de perles précieuses. C'est un marchand de perles. Il cherche des perles et lorsqu'il en trouve une qui a plus de valeur que les autres, alors il réalise tous ces biens pour l'acheter. Et que va-t-il en faire ? Va-t-il la revendre ? Va-t-il la garder pour lui ? La parabole n'en dit rien, elle nous présente le Royaume comme un marchand qui a un sens étonnant du commerce.

Enfin le royaume des cieux dans la parabole qui suit immédiatement, est semblable à un filet, un filet qui rassemble sans trier. Mais un filet qui par la suite va appeler à un tri.
À ces trois paraboles on pourrait rajouter d'autres paraboles sur le Royaume de cet évangile de Matthieu, et notamment celles que nous avons lues ces derniers dimanches, la parabole du semeur, la parabole du grain de moutarde, la parabole du levain. Ainsi le royaume de Dieu est comparé à de multiples choses qui semblent de premier abord n'avoir aucun lien les unes avec les autres, des choses qui semblent même parfois un peu en opposition. Et pourtant, par touches successives comme dans un tableau impressionniste, l'Évangile nous donne petit à petit une image de ce qu'est le royaume de Dieu.

Tout d'abord dans la première des paraboles de ce jour, le royaume est comparable à un trésor caché dans un champ. Ce champ, pour la tradition, c'est bien évidemment le monde. Mais alors lorsqu'on lit la parabole, on se dit "comment cela se peut-il ?" Cet homme qui, dans le meilleur des cas, s'il n'est pas un voleur, s'il n'est pas quelqu'un de malhonnête, dans le meilleur des cas est un fermier ou un ouvrier agricole qui travaille au champ d'un autre, comment peut-il acheter le monde simplement pour acquérir le trésor qui est le royaume de Dieu ? Cela semble totalement impossible, disproportionné.
Et le royaume de Dieu, est-il vraiment caché dans ce monde qui nous semble pourtant tellement éloigné de ce que nous pouvons imaginer être le royaume de Dieu, au point que nous en faisons deux mondes totalement étrangers ?

Ainsi cette parabole nous dit que pour acquérir le royaume de Dieu, pour le faire nôtre, nous devons nous débarrasser de tout ce qui est à nous, pour acheter le monde, pour le faire nôtre, on pourrait dire... pour l'habiter.

Mais voilà que la deuxième parabole nous renverse la donne. Le royaume n'y est plus un trésor caché qu'il nous faut trouver. Le royaume de Dieu, c'est le marchand. C'est quelqu'un qui cherche. Dans la première parabole, l'homme qui travaille au champ ne cherche pas, c'est par hasard qu'il tombe sur le royaume de Dieu, sur le trésor. Dans la deuxième parabole, le royaume de Dieu, c'est un marchand qui cherche. Ainsi, en mettant en résonance les deux images, on pourrait dire que le royaume de Dieu est un trésor, mais c'est un trésor qui cherche celui qui va le trouver.

Et la perle rare, qui est-ce ? Est-ce l'homme ?

C'est la troisième parabole qui peut nous inciter à comprendre comme cela. Le royaume de Dieu est encore semblable à un filet. Cette image nous l'aimons mieux parce que nous la connaissons, elle est reprise à plusieurs endroits dans les évangiles, en particulier dans le récit des pêches miraculeuses. Alors on se dit "enfin quelque chose qui correspond à ce que nous pouvons imaginer", et enfin ça ressemble à quelque chose qui est une sorte de lieu dans lequel on est rassemblés. Mais voilà ! Le filet de pêche racle le fond de la mer et ramasse tout ce qui s'y trouve, le bon et le mauvais, tout le monde est pris dans les filets du royaume.

Jésus dans cette troisième parabole rajoute quelque chose : les anges viendront à la fin des temps et ils sépareront ce qui est bon et ce qui est mauvais, le poisson qu'il faut garder et le poisson qu'il faut rejeter, poisson ou autre chose. À la fin des temps. Et là il nous pose encore un problème : le royaume de Dieu est-il quelque chose qui doit venir à la fin des temps, quelque chose que l'on doit attendre au moment où le Messie va revenir ? Ça n'est pas ce que disent les deux autres paraboles. Pour celles-ci le royaume de Dieu, c'est ici et maintenant, dans notre monde. Alors si le royaume de Dieu est comparable à un filet, cela veut dire que le royaume de Dieu présent autour de nous, dans le monde, est quelque chose qui comporte du bon et du mauvais. Quelque chose dans lequel aucun tri n'est fait. En tout cas quelque chose dont le tri n'est pas à faire par les pêcheurs, et pas maintenant. Ce sont les anges qui dans un autre temps -la fin des temps, rien ne nous est dit de plus là-dessus-, qui dans un autre temps feront le tri entre ce qui doit être gardé et ce qui doit être rejeté.

Le royaume de Dieu est comme un filet. Mais le royaume de Dieu est aussi un trésor caché, enfoui dans le monde. Et Le royaume de Dieu est également quelque chose qui nous cherche.

Ainsi lorsque nous lisons ces parabole à la suite les unes des autres comme l'évangile de Matthieu nous y invite, la question qui est posée par Jésus "avez-vous compris tout cela ?" prend toute son importance, et peut-être toute sa difficulté. Ses disciples répondent "oui". Sommes-nous sûrs de pouvoir, avec la même affirmation, répondre comme cela à la question qui nous est posée ? En sommes-nous sûrs, tant ces parabole remettent de choses en question ?

Le royaume de Dieu, c'est quelque chose que l'on trouve par hasard. Mais que l'on trouve au sein du monde parce que c'est là qu'il nous cherche. Ainsi cette parabole nous invite à aller dans le monde et à ne pas nous obnubiler l'esprit par la recherche d'un hypothétique paradis. Le royaume de Dieu c'est quelque chose qui nous est donné. Mais c'est plus que cela.

Dans le monde c'est le royaume de Dieu lui-même qui va à la pêche, je veux dire à la recherche. C'est le royaume de Dieu lui-même qui nous recherche, nous. Et je pense que c'est encore plus une invitation à parcourir le monde, à sortir de nos Églises, à sortir de nos petites vies enfermées, afin de nous laisser prendre par ce royaume de Dieu.

Le royaume de Dieu enfin, c'est quelque chose de tellement extraordinaire que nous sommes invités, plus que ça même, nous sommes incités, poussés, entraînés à tout vendre pour pouvoir prendre et être pris par ce royaume. Aujourd'hui l'Évangile nous parle. On pourrait dire que la Parole de Dieu qui est témoin de ce royaume, nous cherche. Est-ce que nous saurons nous laisser interpeller ? Est-ce que nous saurons nous laisser bousculer dans nos images, dans nos habitudes, dans nos certitudes ? Afin d'entrer dans ce royaume, d'être pris dans les mailles de ce filet ? Même si dans ce filet tous les poissons ne sont pas recommandables, pourtant c'est là qu'est le royaume et c'est à ce royaume-là que nous sommes invités.
Amen !

Jacques Morel Prédications Prédications 2011
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