Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Le Logos est fait chair

Prédications





Pour que la Parole passe.  1 Samuel 3 Jean 1/35-42

La parole du Seigneur était rare en ces jours-là nous dit le Livre de Samuel, la vision n'était pas courante. Période de creux dans l'histoire du peuple d'Israël, période de silence où il semble que Dieu a abandonné son peuple et ne fait plus entendre sa parole, ne fait plus voir ses visions. Mais est-ce vraiment de cela dont il s'agit ? L'histoire nous raconte quelque chose d'un petit peu différent.

Samuel, le petit Samuel, le jeune Samuel faudrait-il plutôt dire, car des années sont déjà passées depuis le moment où il a commencé son service auprès de Eli, Samuel est dans le Temple ; il couche là comme un serviteur du prêtre, afin de veiller à ce que tout se passe bien pendant la nuit. Nous ne sommes pas encore au cœur de la nuit puisque les lampes ne sont pas encore éteintes. Samuel se couche et entend une voix qui l'appelle. Il va donc trouver Eli, pensant que c'est le vieillard qui a besoin de lui. Il faut noter que Eli, lui non plus, ne comprend pas quelle est cette voix. Il pense que Samuel a des hallucinations, il pense que c'est dans un rêve que Samuel a cru entendre un appel de Eli.
La scène se reproduit trois fois avant que Eli se rende compte que cet appel vient d'ailleurs, qu'il vient de Dieu. Trois fois pour se rendre compte de la réalité.

Il y a un signe très fort, un message très fort dans ce passage. Eli va comprendre que si Dieu ne parle pas beaucoup à cette époque-là, c'est principalement parce qu'on a du mal à l'entendre, qu'on a du mal à percevoir sa voix. Eli se rend compte aussi tout à coup qu'il n'est plus le destinataire de la parole de Dieu, et que cette parole de Dieu va s'adresser à un autre, que cette parole de Dieu s'adresse maintenant à Samuel. Il y a comme une sorte de passation de pouvoir, comme si Eli d'un seul coup était mis à la retraite. L'ensemble de ce passage et le contenu de la vision de Samuel nous donnent la clé pour comprendre les raisons de cette transmission.

Si la parole de Dieu se fait inaudible, si la parole de Dieu se fait rare à ce moment-là, c'est parce que Eli et ses fils ont transgressé la volonté de Dieu. C'est parce que Eli et ses fils ont accepté que le culte qui est rendu devant l'arche, soit perverti. Eli et ses fils sont devenu sourds à la parole de Dieu parce qu'ils pensent plus à leur propre intérêt qu'à l'intérêt du peuple de Dieu.
Vous connaissez tous cette histoire, c'est une histoire que l'on raconte à l'école du dimanche. Les enfants de Eli, Hofni et Pinhas (tels étaient leurs noms), au moment où le sacrifice était rendu et que les holocaustes étaient préparés, se réservaient pour leur consommation personnelle les meilleurs morceaux des bêtes sacrifiées, peut-être même pour en faire un trafic lucratif, alors que tout le sacrifice devait être partagé dans un festin communautaire entre les adeptes du sacrifice, entre les prêtres et Dieu. Hofni et Pinhas tirent un avantage indu du culte qu'ils sont censés rendre à Dieu. Et cela ferme les portes du ciel, il n'y a plus de communication possible entre le haut et le bas.
Samuel lui le petit enfant, n'a jamais entendu parler Dieu. Pour comprendre cette voix qui lui vient, il lui faut l'expertise de Eli, il lui faut cette expérience de l'ancien. Ainsi, pour recevoir la parole de Dieu, il faut la reconnaître, il faut la reconnaître à travers l'expérience d'un ancien, de quelqu'un qui a l'habitude de l'entendre. Mais il faut aussi être disponible au Seigneur. Il faut être dans une disposition qui permet à la parole de passer.
Deux conditions indispensables donc. Les conditions ne sont réunies dans notre récit que par la rencontre entre Eli et Samuel. L'un a l'expérience, l'autre la pureté du cœur.

C'est un peu la même chose qui se passe dans le texte que nous avons lu chez Jean. Vous avez remarqué que dans l'évangile de Jean le choix des premiers disciples est très sensiblement différent que dans les évangiles synoptiques. On a l'impression ici que ce sont les disciples eux-mêmes qui décident, in fine, de faire partie du cercle restreint de ceux qui vont entourer le maître. On a un peu l'impression que ça n'est pas Jésus qui les appelle. Chacun s'approche du maître avec une question. Mais au départ c'est un autre qui les met sur la route de Jésus. Seuls, ils ne peuvent pas voir en Jésus le Messie. C'est Jean le baptiste qui déclenche l'opération, en disant " Voici l'agneau qui vient de Dieu ". Il leur faut une sorte d'évangélisation, une sorte de prédication initiale qui va tourner le regard de ces disciples vers Jésus. Et à partir de là, c'est comme une réaction en chaîne qui s'enclenche : les deux premiers disciples demandent à rencontrer Jésus, le suivent, l'écoutent. Et après l'avoir accompagné, l'avoir écouté, ils en appellent d'autres. Et ainsi de suite. Les disciples les uns après les autres s'approchent du maître, du rabbi.

C'est d'abord le témoignage de Jean Baptiste, puis celui des premiers disciples, qui vont permettre "la conversion " des autres disciples. Chacun a une approche différente. Les premiers arrivent par curiosité. Les autres se convertissent ou viennent à Jésus sur le simple témoignage des disciples. Pour certains, c'est plus compliqué : peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? Nathanaël hésite à croire qu'un messie puisse venir d'ailleurs que de Juda ou de Jérusalem.
Chacun reçoit de la part de Jésus une réponse personnelle, une réponse qui lui correspond.

Ainsi en est-il de la parole de Dieu. La parole de Dieu s'adresse à chacun-e de nous. Mais pour pouvoir l'entendre, il faut tout d'abord que quelqu'un la désigne, vous la montre du doigt. Voici l'agneau de Dieu, c'est le Seigneur qui parle.
Il faut au départ une évangélisation, un témoignage de celui qui a déjà entendu cette parole et qui vous la montre et vous la désigne. Ensuite il est nécessaire qu'il y ait une démarche de recherche, aller voir ce qu'elle est, où elle est, ce qu'elle veut. Pour se mettre à l'écoute de cette parole, il est nécessaire de la questionner, de l'interroger, de la contester peut-être même parfois. C'est ce que fait Nathanaël et ce questionnement n'est pas forcément mauvais en lui-même car il permet d'approfondir cette parole. Il permet aussi de mieux la comprendre et de mieux la recevoir.
Quand l'homme prétend en connaître quelque chose, il n'aboutit qu'à se fabriquer des idoles. La religion est le résultat à la fois de l'ignorance de la parole de Dieu et de la prétention d'en savoir quelque chose.

Ainsi le texte du premier Livre de Samuel et le texte de l'évangile sont comme en écho l'un à l'autre. Ils nous montrent l'attitude que nous devons avoir par rapport à la parole de Dieu. Ils nous montrent comment, et c'est le Livre de Samuel, comment cette parole peut être bloquée, interdite par notre comportement, par notre refus. Ils nous montrent aussi, ces textes, comment pour pouvoir entendre cette parole, nous avons besoin les uns des autres, nous avons besoin de l'expérience des uns et des autres.
Aujourd'hui en Église nous sommes appelés par l'Évangile à être comme ces disciples et à aller à l'extérieur pour dire " nous avons rencontré le Seigneur, nous avons entendu sa parole ". C'est la seule façon possible pour que cette parole puisse se faire entendre par d'autres.
Amen
Jacques Morel Prédications Prédications 2009
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