Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications




Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu  Deuténonome 26/1-11 Luc 4/1-13

Avec ce premier dimanche de carême, nous voici entrés dans ces quarante jours qui vont nous conduire jusqu'à Pâques. Quarante jours qui doivent permettre au croyant de cheminer jusqu'au mystère de la Passion et de la résurrection du Christ. C'est toute l'histoire du salut que nous allons pouvoir re-parcourir. Et les textes que nous venons de lire dessinent une sorte de dramaturgie de cette histoire du salut.

Le chapitre 26 du Deutéronome se présente comme une véritable liturgie, la liturgie de celui qui est rentré dans le pays que le Seigneur lui a donné. Pour l'ensemble d'Israël, c'est un texte que l'on disait au jour de la Pentecôte au moment des fêtes des moissons, des premières récoltes, quand le peuple se présentait au Temple pour y apporter les prémisses des récoltes. Ce texte est un résumé succinct, quelques mots seulement, de l'histoire du salut telle qu'elle nous est présentée dans l'Ancien testament, depuis Abraham, l'Araméen errant, jusqu'aux habitants de la Judée qui se présentent devant le Seigneur. En quelques mots il résume et rappelle tous les bienfaits que le Seigneur a apportés au peuple d'Israël. Il rappelle aussi tout le chemin parcouru par le peuple d'Israël à travers le désert, vers la terre promise, même si cela n'est que sous entendu dans ce texte. Et cette liturgie rappelle aux fidèles que tout ce qu'ils possèdent, ils le doivent au Seigneur seul ; elle leur rappelle qu'ils ne sont pas propriétaire du monde, qu'ils en sont seulement les dépositaires et les bénéficiaires ; elle leur rappelle que seul le Seigneur doit recevoir la gloire.

Le texte de l'Évangile évoque bien évidemment l'Exode, la traversée du désert par le peuple d'Israël. Les quarante ans sont devenus quarante jours, mais tout le reste y est : la souffrance, la faim, la rencontre avec soi-même, et la tentation. Il paraît que dans le désert, on se découvre soi-même profondément et qu'il n'est pas rare d'avoir une sorte de délire de ce genre.
Il y a trois tentations qui nous sont rapportées chez Luc et chez Matthieu, même si l'ordre pour les deux dernières n'est pas le même. Trois tentations, qui parcourent à peu près tout ce que l'on peut vouloir dans le monde. Tout d'abord vouloir changer l'ordre des choses, vouloir changer la réalité de ce monde,  " ordonne à ces pierres de devenir pain, puis change l'ordre de la nature". Ensuite il y a cette volonté de pouvoir et de domination, cette volonté de pouvoir sur le monde, sur les autres. Mais aussi cette volonté de pouvoir sur Dieu.

Lorsque nous lisons ce texte, nous avons tendance à nous imaginer à la place de Jésus et à comprendre alors le diable comme le tentateur de l'humanité ; le diable serait dans cette optique celui qui nous tente, celui qui nous pousse à nous séparer de Dieu. Mais voilà ! Le rappel à l'Ancien testament auquel nous invite le passage de Deutéronome 26 lu tout à l'heure nous suggère de penser les choses d'une autre manière et à les inverser. Dans l'Ancien testament, bien souvent, ce ne sont pas les hommes qui sont tentés. Ainsi, dans le déert, c'est le peuple qui par ses récriminations inlassables met Dieu à l'épreuve : "si tu étais vraiment Dieu, tu ne nous laisserais pas mourir de soif et de faim dans ce désert. Si tu étais vraiment Dieu, tu ne nous laisserais pas périr ainsi. Est-ce que tu veux vraiment que les nations se moquent de nous et se moquent de toi ?"

L'histoire de la traversée au désert avec ses multiples péripéties nous incite donc à nous imaginer du côté du tentateur. Combien de fois dans notre vie nous tournons-nous vers Dieu ou vers Jésus dans notre prière pour lui dire "si tu étais vraiment le Fils de Dieu, si tu étais vraiment Dieu, alors l'ordre des choses ne serait pas ce qu'il est". Il y a bien des pierres que nous aimerions voir devenir du pain. Il y a bien des limitations physiques dans notre corps que nous aimerions transformer et transcender par une Parole du Seigneur. Nous avons nous aussi bien souvent la tentation de nous tourner vers Dieu, vers les dieux, pour dominer le monde. Nous mettre à la place de ce diable qui dit "mais le monde tu nous l'as donné ! Je suis le maître du monde alors, alors fais ce que je te demande".
Bien souvent aussi on a tendance, comme le peuple d'Israël au désert, à pousser Dieu dans ses derniers retranchements, à prendre à la lettre, comme le diable, ce Psaume 91, le prendre à la lettre et dire "si vraiment tu as dit cela, si vraiment ce qui est écrit dans la Bible est ta parole, alors, alors..."

En entrant dans ce temps de carême, nous sommes invités à prendre conscience que la plus forte et la plus haute de toutes les tentations est justement de mettre Dieu à l'épreuve, de poser nos conditions d'hommes à Dieu. Le texte du Deutéronome qui est l'un des plus anciens de la Bible est un texte qui remet les choses à leur juste place : nous avons reçu de Dieu notre vie, nous avons reçu le monde dans lequel nous vivons, nous avons reçu l'amour qu'il nous a témoigné, la liberté qu'il veut pour nous et la grâce qu'il nous fait, inlassablement. Alors nous sommes invités, comme le Christ le fait, à ne pas nous mettre à sa place, mais à nous tourner vers lui, comme ses enfants d'Israël, pour lui remettre la première part de ce qu'il nous donne, en signe de reconnaissance. Et à nous réjouir, à nous réjouir avec ceux qui sont différents de nous, le Lévite, qui en Israël n'a pas de terre en partage, et l'étranger, qui vient habiter parmi nous et que l'on a tendance à rejeter. Parce que c'est Dieu qui nous donne tout, alors nous pouvons tout partager.
En ce premier dimanche de carême, nous sommes invités à nous décentrer de nous-mêmes pour nous tourner vers Dieu, dans l'amour fraternel des autres.
Amen!
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
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