Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz



Prédications





Dieu confie le Royaume aux hommes afin qu'ils en récoltent les fruits pour lui.  Esaïe 5/1-7 Matthieu 21/33-43

Encore une histoire de vigne ! Là, il s'agit d'un maître qui possède une vigne, qui l'a plantée, qui l'entretient, qui la soigne, qui lui accorde mille soins attentifs et qui s'en va. Comportement particulièrement étonnant pour un jardinier, pour un agriculteur, et surtout pour un vigneron. Car les vignerons, on les sait particulièrement jaloux et soucieux du produit de leur travail.
Et voilà que cet homme, après avoir prodigué mille soins à sa vigne, s'en va et la laisse en fermage à des vignerons, des mercenaires. Et il part en voyage au loin.

Il n'est même pas présent au moment des vendanges ! Il ne vient même pas voir comment les choses se présentent, voir quelles sont les promesses de cette vigne. Il y envoie ses serviteurs afin d'en recueillir le fruit.
On a l'impression que cet homme est lointain, distant, qu'il se préoccupe de son bien seulement de loin, et que finalement il s'en désintéresse puisqu'il ne vient pas en personne. Et pourtant, après l'échec des missionnaires, après la débâcle des premiers envoyés qui se font malmener, il en envoie d'autres qui sont traités de la même manière. Il finit même par envoyer son propre fils. Et ce fils est mis à mort par les vignerons.

Dans leur logique, ils pensent de cette façon hériter de la vigne. Mais peut-on hériter de cette vigne ? Et est-ce vraiment dans ce but que le propriétaire a disparu ? Comme vous le voyez dans cette histoire il y a beaucoup de choses surprenantes, il y a beaucoup de choses contradictoires qui nous paraissent absurdes, ou irrationnelles. D'abord, un homme qui prodigue pleins de soins à sa vigne et qui s'en va contre toute logique... Et puis des vignerons qui imaginent pouvoir s'approprier la vigne en mettant à mort l'héritier, passant par-dessus les "règles" du droit.

Nous le savons, dans le texte biblique pour les évangélistes ces histoires sont des histoires du royaume. La vigne ici bien évidemment peut être comparée au royaume de Dieu, ou au peuple de Dieu.
Nous avons ici un rappel évident du texte du prophète Esaïe, même s'il y a dans les deux passages des petites nuances.

Dans le Livre du prophète Esaïe, c'est la vigne qui est coupable de ne pas produire du fruit, c'est le peuple lui-même. Alors que dans notre parabole, les coupables sont les vignerons, ceux à qui la responsabilité de la vigne a été confiée. Mais en fin de compte, c'est bien de la même chose, je pense, dont il s'agit. Le maître de la vigne ne peut recueillir les fruits de son bien.

Le maître, c'est Dieu. Et ce Dieu-là est un Dieu qui fonctionne de manière extrêmement étonnante, d'une manière qui nous semble incohérente, contradictoire, incompréhensible. C'est un Dieu qui après avoir mis en place toutes les conditions pour que tout se passe bien, s'absente jusqu'à devenir lointain, voire inaccessible. Un Dieu qui plutôt que d'agir directement par lui-même, envoie des serviteurs, envoie des intermédiaires. Un Dieu tellement absent que sans lui on pense pouvoir agir librement, à notre guise. Même s'il finit par envoyer son fils pour légitimer ses droits de propriétaire.
Matthieu nous dit que les chefs du peuple, les grands prêtres et les pharisiens ont entendu cette parabole pour eux-mêmes. Et il est probable que Jésus s'adressait directement à eux. C'est eux qu'il visait parce qu'il avait des reproches à leur faire.

Mais au-delà de cela et surtout à la lumière d'Esaïe, il nous faut comprendre que les hommes et les femmes d'aujourd'hui ne doivent pas jeter systématiquement l'opprobre sur les grands prêtres et les pharisiens. Car de tous temps, tout au long de l'histoire du peuple de Dieu et aussi tout au long de l'histoire de l'Église, les hommes ont cherché à posséder, à s'approprier la vigne de Dieu. De tous temps les hommes ont cherché à s'approprier le fruit de cette vigne.
Et ainsi si Matthieu s'adresse effectivement aux chefs de l'Église qui parfois cherchent à s'emparer de ce qui appartient à Dieu, au-delà de ceux-ci il interpelle très largement tous ceux qui, à travers l'histoire se sont appropriés et s'approprieront encore l'Évangile.

Et alors ici, nous pouvons évoquer toutes les luttes qui ont eu lieu dans l'histoire de l'Église. Évoquer les combats de ceux qui ont été prophètes dans cette Église, qui ont voulu réformer et transformer l'Église, ceux qui ont refusé une mainmise sur l'Évangile. Déjà au Moyen-âge (François d'Assise, Pierre Valdo). Et puis plus tard, nous avons bien évidemment en tête les Réformateurs ; et jusque dans notre siècle, celles et ceux qui ont élevé la voix contre les dérives de l'autorité ecclésiastique et qui se sont faits rejeter, qui se sont fait détruire parfois.

Ainsi c'est de nous-mêmes que l'Évangile parle, il met en garde chacune et chacun de nous contre notre désir de posséder ce qui appartient à Dieu.
Oui ! Dieu est un propriétaire qui plante une vigne et qui a un comportement étonnant. Il fait en sorte que tout se passe bien, et ensuite il part, il s'éloigne, il est absent... Absent, cela ne veut pas dire que Dieu se désintéresse de son bien, et qu'il n'aime pas sa vigne. Absent, cela veut dire qu'il laisse aux vignerons la responsabilité de la vigne. C'est un Dieu qui ne s'impose pas, c'est un Dieu qui n'est pas constamment là pour tirer les ficelles, pousser les boutons, actionner les manettes. C'est un Dieu qui nous demande d'agir en adulte, en femmes et en hommes responsables. Même si face à un Dieu aussi discret, il est parfois difficile de trouver le bon chemin à prendre. Il est difficile et risqué de jouer le jeu auquel Dieu veut nous faire jouer. Et pourtant... Et pourtant il n'y a qu'un seul guide sur ce chemin, c'est l'amour du Père. Cet amour qui transparaît et déborde dans la venue de son héritier, du fils.

Nous avons tendance en lisant l'Évangile, à rejeter la faute sur les autres, les adversaires de Jésus. Après avoir entendu ces paraboles, les pharisiens comprirent que c'était d'eux qu'il parlait. Aujourd'hui il nous faut comprendre que c'est de nous-mêmes que l'Évangile parle et qu'il nous met en garde contre notre désir de posséder ce qui appartient à Dieu. Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2008
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