Paroisse Réformée de
Hagondange - Maizières-lès-Metz

Peinture de He Qi : Nativity Glory to God  in the Highest

Prédications




Le salut s'inscrit dans la faiblesse et la fragilité de l'ordinaire de nos vies humaines.
Luc 1/39-45

Au-delà du merveilleux ce texte nous raconte beaucoup de choses. Il nous raconte des histoires qui renvoient à l'histoire du salut tout au long de l'Ancien testament.
Tout d'abord, ce qui doit nous mettre en éveil et qui pointe cette relation à l'Ancien testament, c'est cette parole de Élisabeth : "Dieu t'a bénie plus que toutes les femmes et sa bénédiction repose sur l'enfant que tu auras". C'est une citation du livre de Judith. On connaît assez peu ce livre et on ne se souvient pas forcément de Judith, cette femme courageuse qui est allée décapiter Holopherne, chef suprême de l'armée de Nabuchodonosor le roi d'Assyrie et l'ennemi d'Israël venu combattre. Elle est allée courageusement jusque dans le camp de l'ennemi pour tuer celui-ci, et c'est à son retour dans le camp d'Ozias, dans le camp des Israélites, qu'Ozias lui dit "tu es bénie toi entre toutes les femmes et il est béni le Seigneur Dieu ".
Oui, c'est bien l'histoire du salut qui se joue dans cette rencontre entre Marie et Élisabeth où les mêmes mots se disent. Il est vrai que très souvent dans l'Ancien testament, c'est par des miracles que Dieu est intervenu. C'est très souvent, par l'intermédiaire de naissances miraculeuses que le peuple est sauvé. On se souvient par exemple de l'histoire de Abraham et de Sarah et de la naissance d'Isaac, ou plus tard de la naissance de Samuel. On se souvient aussi d'autres naissances miraculeuses de l'Ancien testament, à chaque fois elles favorisent les projets de salut de Dieu pour son peuple.
"Dieu t'a bénie plus que toutes les femmes". Bien souvent dans l'Ancien testament, c'est à travers les femmes, grâce à elles, que les situations difficiles pour Israël ont pu se débloquer.

On peut relever un autre lien encore entre notre texte du jour et l'Ancien testament. Cette histoire, fait écho avec ce que nous avons lu dans le livre du prophète Michée : "Toi Bethléem Éphrata dit le Seigneur... "
Bethléem est une localité peu importante parmi celles de Juda. Bethléem, c'est sans doute la plus petite des localités de la plus petite famille de Juda. Et pourtant c'est de Bethléem que va sortir David qui est le plus petit des frères. David qui est le plus faible et qui pourtant va être choisi pour combattre Goliath et délivrer Israël. Bethléem, Éphrata, c'est elle qui a été choisie, choisie contre Jérusalem pour être le berceau des rois d'Israël, choisie contre la métropole, la ville des puissants, ceux qui veulent vivre à la force de leur poignet, de leur propre volonté, et qui n'acceptent pas de s'abandonner à la volonté de Dieu.
C'est ce que raconte cette rencontre d'Élisabeth et de Marie : "tu es heureuse, car toi tu as cru que le Seigneur accomplira ce qu'il t'a annoncé. "
Marie est celle qui a accepté l'inacceptable. Elle, la jeune fille, va être enceinte contre tous les usages, contre toutes les règles de morale commune. Elle a cru que le Seigneur accomplira ce qu'il a annoncé. Sa foi est opposée à la réaction de Zacharie. Zacharie est prêtre. Il est tenant de l'autorité religieuse en Israël. Il officie au Temple. Lui l'homme de religion reçoit la Parole de Dieu, l'annonce de la naissance de Jean et il refuse d'y croire. Il en deviendra muet.
Pour toutes ces raisons, il y a dans ce récit comme un récapitulatif de l'histoire du salut. Afin que le salut advienne, il y a non seulement intervention "miraculeuse", "extra-ordinaire" de Dieu parmi les hommes ; mais surtout il y a acceptation de l'incroyable, acceptation du merveilleux, acceptation de l'action de Dieu.

Il y a une chose dans ce texte qui montre que nous n'avons pas simplement affaire à une répétition de l'Histoire. Elle est contenue dans la Parole de Élisabeth. Vous avez remarqué qu'entre la parole d'Ozias à Judith et la parole de Élisabeth à Marie, il y a une différence. Ozias dit à Judith "tu es bénie d'entre toutes les femmes, et le Seigneur est béni". Élisabeth reprend pratiquement ces paroles, sauf qu'il y a un petit changement lourd de sens. "Dieu t'as bénie plus que toutes les femmes, et sa bénédiction repose sur l'enfant que tu portes".
Élisabeth reconnaît que Marie est porteuse de Dieu. C'est bien aussi ce que reconnaît Jean Baptiste quand il remue à l'intérieur d'Élisabeth.
Luc nous dit que c'est par le Saint Esprit qu'Élisabeth peut s'écrier et dire cette confession de foi. Ainsi il ne suffit pas seulement d'accepter la volonté de Dieu, il faut aussi l'action du Saint Esprit pour reconnaître que c'est Dieu qui agit, reconnaître que Dieu agit dans le monde parfois par des choses insignifiantes, qui deviennent "extra-ordinaires" quand elles sont vues par les yeux de la foi, et non pas par la force et la puissance.


Le petit changement dans la citation de Judith, témoigne d'un grand changement dans l'histoire du salut. Israël attend son salut d'un Messie roi, prêtre et prophéte qui parviendra, vainqueur de Dieu, à délivrer Israël. Mais voilà, le salut vient habiter le monde à travers ce qu'il y a de plus faible, des femmes et des enfants, des êtres qui dans la société de l'époque de Jésus étaient considérées comme insignifiantes. Mais c'est pourtant à travers eux que le salut arrive, au mépris de la puissance, au mépris de l'autorité religieuse, au mépris de la force et de la violence.

Aujourd'hui encore nous sommes invités, dans la foi, à reconnaître (percevoir) et accueillir l'action de Dieu dans tous les petits moments de notre vie, dans ce que parfois on considère comme insignifiant, comme réalisation de ses promesses pour son peuple et manifestation de son règne.
Amen !
Jacques Morel Prédications Prédications 2010
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